CHAPITRE III
jeta au devant d'eux , les menaçant , leur criant : « Qu'il voulait voir s'ils oseraient lui passer sur le « corps , et l'abandonner ! » C'étaient ses Gardes ! A sa vue j à ses reproches , ils se rallièrent , et pendant quelques instants l'ennemi fut contenu.
Au milieu de cette première échauffourëe, il s'était vainement efforcé de mettre l'épée à la main. Cette épée était si rouillée dans son fourreau , qu'il fallut ses deux écuyers, Foulers et Sainl-Aignan, pour l'en tirer, et ce fut avec tant d'efforts, que, en l'arrachant enfin, le premier en fut blessé. Un obus tombait en ce moment devant l'Empereur ; il poussa son cheval dessus; Exelmans allait s'écrier pour l'avertir et le détourner, quand Sébastiani retint ce général : « Lais- « sez-le donc, lui dit-il, vous voyez bien qu'il le fait « exprès ; il veut en finir ! »
Sébastiani ne se trompait pas : Napoléon, là comme à Saint-Jean-d'Acre, désespérait de sa fortune. L'obus éclata, l'Empereur disparut un moment dans la fumée, mais les éclats ne blessèrent que son cheval. Il en changea, et presque aussitôt le péril, un moment suspendu, redoubla. Une masse de cavalerie Russe et Ba- 'varoise revenait à la charge. Cette fois tout sembla perdu. Exelmans s'était reporté en avant, il fut renversé ; tout alors redescendit pêle-mêle, et déjà la déroute atteignait l'Empereur, quand soudain plusieurs décharges de mitraille, partant de notre flanc, éclaircîrent cette nuée, et Napoléon, chargeant à la tête de ses quatre escadrons de service, acheva de la dissiper dans la plaine.
11 devait son salut à Drouot plus qu'à lui-même.
Ce général, au plus fort de la tempête , toujours calme et clairvoyant, avait jugé l'excès du péril, «t qu- il n'y avait plus rien «à épargner. Apercevant , sur lë flanc de la déroute, une batterie que nos artilleurs étonnés délaissaient, il s'était élancé à terre, avait abandonné son cheval, et, ralliant ces canonniers, luimême avait pointé les pièces sur la mêlée, à bout portant, Vérifiant tout pour tout sauver, et abattant amis comme ennemis ! Il avait ainsi tout arrêté , la fuite des uns, la poursuite des autres ! La nuée ainst crevée et dispersée , Sébastiani , Exelmans ,. Colbert et l'Empereur lui-même, avaient achevé!
L'infanterie de la Vieille Garde arrivait au pas de course, elle assura la position; bientôt même parut la tête de colonne de six mille hommes de Des Nouettes. L'Empereur alors ressaisit son premier espoir. Il traita d'échauffourée d'arrière-garde cette audacieuse agression de Schwartzenberg. La nuit était venue ; la ligne ennemie, reformée, restait en présence ; cela contredisait sa persuasion ; il lança contre elle le maréchal Lefebvre avec Sébastiani, ses Gardes et<leux mille chevaux de Des Nouettes. Cette ligne fut sabrée, enfoncée, et poursuivie jusqu'à Nozay, où la rencontré d'une grande partie de l'armée Alliée arrêta Lefebvre.
Ce maréchal revint, vers neuf heures du soir, à Arcis, rendre compte à FErapereur du succès de cettç dernière attaque ; mais, soit erreur ou excès d'une ardeur jeune encore, soit que, sous l'agreslc et rude écorce d'un vieux soldat, l'instinct des Cours se fût fait place, abondant dans l'illusion à laouelle s*attachait si obstinément le Chef qui l'écoutait , il exalta l'action de .