CHAPITRE III
Napoléon et son résultat, affirmant que tout fuyait^ que tout était dissipé , qu'on n'avait plus rien senti devant soi y qu enfin la lassitude et l'obscurité seules avsiient arrêté. Et notre malheureux Empereur, dont cette illusion était le dernier espoir, accueillit cette coupe trompeuse et s'en abreuva.
Pourtant, à sa gauche, Ney, tout seul avec Janssens et huit à neuf mille hommes, avait eu successivement sur les bras une armée entière. Deux fois le grand Torcy lui avait été arraché. Ce village brûlait. Arcis iiiémé avait failli être enlevé en arrière de Napoléon. Janssens était tué ; et , sans le secours de deux bataillons de gendarmerie de la Garde, l'intrépide et opiniâtre maréchal n'aurait pu ressaisir sa position. Ses calions, dont il s'aida, en ce dernier moment, avec un habite à-propos, et son héroïsme avaient enfin rebuté Wrede, et jusqu'aux réserves de Schwartzenberg. Dans cette journée glorieuse, soixante mille combattants contre douze mille d'abord, puis^quinze, puis vingt et un mille , avaient été repoussés. On ne pouvait appeler cela un combat d'arrière-garde ; pourtant ce succès fît persister l'Empereur dans l'espoir que la grande armée ennemie n'avait ainsi défendu que sa retraite , ou que , à force de témérité , il avait rendu vraie cette invraisemblance. Il s'obstina donc à passer la nuit au tond de cet entonnoir et acculé sur ce défilé , avec moins de vingt mille combattants harassés , contre plus de cent mille hommes !