‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 250 sur 302 · CHAPITRE VII. 4C · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. 4C

dissante de toutes les vertus privées, on voyait un Roi entouré de fils voués, pour le service du pays, sur mer, sur terre, en toute occasion , aux dangers des expéditions les plus lointaines ; et c'était ce Roi, le meilleur, le plus éclairé des Princes , choisi , appelé au Trône par une nation dont, chaque jour depuis sept ans, son règne habile et lihéral accroissait la prospérité, c'était ce même Prince que Ton voyait environné des pièges les plus perfides, en butte aux plus atroces guets-apens, cerné , traqué à toutes les issues de son Palais par les plus vils rebuts de la basse classe de son peuple, et réduit enfin à ne pouvoir plus respirer Tair, commun à tous , que par les fenêtres de cette demeure royale , où le vœu général l'avait fait monter, et dont on n'osait plus le laisser sortir!

Était-ce là un sévère , un cruel enseignement de la Providence? Punissait-elle ainsi, par celte horrible démoralisation d'en bas, ce qu'en haut il y avait eu d'immoralité donnée en exemple, dans le Prince, par l'usurpation du Trône sur l'héritier légitime de sa Famille; et cela, sans admettre l'excuse du péril social, de la nécessité pressante qui entraîna, en i83o, les uns à offrir ce Trône , le Prince à l'accepter, et nous tous , aussitôt après , à y applaudir !

Mais quoi! l'assassinat de M. le Duc de Berry, et tous ces complots tramés déjà sous le règne de la Branche Amée, la chute de celle-ci, tant de bouleversements qui, depuis soixante ans, ont détruit en France toute Légitimité ancienne ou nouvelle , et qui aujourd'hui ébranlent l'Europe entière, permettent -ils d'interpréter ainsi l'intention de la Providence? Tout cela n'in-

dique-t-il pas, à ce débordement de crimes , à cet assaut de forfaits, une cause différente?

Quoi qu'il en puisse être, sans entrer ici dans une aussi vaste contemplation, disons la pénible émolion dont je fus saisi dans une occasion qui me rapprocha d*un aussi douloureux spectacle.

Au milieu de ces affligeants procès j'avais été choisi pour Directeur de l'Académie Française. La mort venait de frapper M. de Tracy, l'un de ses membres les plus distingués; M. Guizot avait été élu pour le remplacer. I^e Roi , selon les usages primordiaux de cette Classe^ la plus ancienne de l'Institut, avait confirmé ce choix , et ces mêmes usages m'avaient imposé, comme Directeur, le devoir d'aller avec M. Yillemaiu, notre Secrétaire Perpétuel, présenter à ce Prince le nouvel Académicien. Ce fut le 22 janvier 1837. La date de cette présentation m'est restée dans la mémoire comme l'un des tristes moments de ma vie entière.

Depuis plusieurs années j'avais admiré dans M. Guizot l'un des plus savants et des plus célèbres de nos professeurs. J'aimais en lui la piété filiale et paternelle la plus touchante, un pur désintéressement , une noble élévation de caractère, et l'un des plus éloquents de nos orateurs; enfin celui de nos hommes d'État le plus courageusement voué aux progrès, au salut de cette Civilisation dont il avait si admirablement écrit l'histoire. Alors déjà une vive amitié, politique et littéraire , et à la fois d'estime et de cœur, nous unissait.

C'était donc avec une joie bien naturelle que j'a-

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