CHAPITRE VII
vais entrevu, après la séance publique, où je l'avais reçu à TAcadémie Française , le jour où j'irais le présenter au Roi comme notre 0)nfrère. Mais quel cruel désappointement j'éprouvai en apprenant que, ce jour-là même, il venait de perdre son fils , et que c'était un père désolé que j'allais avoir à conduire, de l'Institut aux Tuileries, chez un Roi emprisonné dans (e Palais de ses ancêtres , par l'acharnement, tout récemment redoublé, des crimes les plus odieux. Ëti effet ses ministres n'osaient plus, depuis quelques ours, l'en laisser sortir.
Je crois voir encore en présence ces deux grandes douleurs. L'une , toute paternelle , fut d'une gravité sévère et stoïquement silencieuse, dédaignant, prévenant la plainte ; elle ne répondit à de premiers mots de condoléance que par un geste mâle et résigné ; l'autre douleur, au contraire, après ces premières paroles, revenant sur elle-même^ éclata avec l'émotion la plus expansive. La voix altérée du Monarque nous peignit, presqu'avec des larmes, la déplorable captivité à laquelle il était réduit; il demandait à l'initiative de son Gouvernement, qu'ici M. Guizot représentait , et à nous Législateurs , de lui rendre cette liberté qu'il avait conservée à tous, et dont lui seul, au milieu de son peuple, se trouvait si péniblement privé.
Ainsi se passa cette scène douloureuse. De là vinrent ces projets de lois préventives, qui avortèrent; puis, cette modification dans le Conseil, où M. Guizot fut si injustement sacrifié : rupture dans le sein du Parti Conservateur, dont une autre
ambition trop personnelle doit surtout répondre, et dont les fâcheuses conséquences (i) devinreni bientôt inévitables.
Mais pour échapper à ces tristes souvenirs et nous en reposer y revenons à ceux de ma vie littéraire, où cependant la politique , aujourd'hui mêlée à tout, y2t se retrouver encore. Je vous ai dit que j'avais reçu M. Guizot à l'Académie Française. Dans ces solennités, on le sait, au discours d'avènement du Récipiendaire, le Directeur doit répondre par un double éloge : oraison funèbre du membre qu'elle vient de perdre; éloge aussi du nouveau ConÎTere appelé à le remplacer.
Il faut aussi se rappeler qu'à cette époque nos discordes parlementaires étaient des plus vives. Par un hasard malencontreux la Commission chargée de juger les deux discours, et que, selon l'usage, le sort avait désignée, s'était trouvée presqu 'entièrement composée des adversaires politiques les plus animés contre le Récipiendaire. Je me souviens même que le singulier résultat de ce tirage avait excité dans l'Académie un cri de surprise. On le comprendra aux noms qui sortirent : ce furent, entr'autres, ceux de messieurs Dupin, Thiers -et Michaud. Dans l'un, un sentiment fâcheux que le talent n'exclut pas toujours, et l'esprit de parti dans les deux autres s'étaient révoltés de mes éloges; et cela, au point qu'au motd'e*loquence (il était question de Monsieur Guizot!), l'un d'eux s'était récrié négativement ; lui seul à la vérité,
(i] La Coalition.