CHAPITRE
Notre histoire parlera peu de Tannée i838, ce qui signifie qu'elle fut calme et assez heureuse; car, au point de vue historique , il en est des années comme des femmes : généralement les meilleures sont celles dont on parle le moins.
Celle-ci offre enfin un intervalle de repos quant aux attentats à la vie et à la Couronne de Louis-Philippe. Les deux procès politiques qui l'occupent ont peu d'importance. L'un fut celui de Hubert et de Laure Grouvelle , inculpés de projets régicides l'an précédent, et condamnés eri Cour d'Assises, le 24 mai i838; l'autre, celui de l'officier d'artillerie Laity, condamné par la Cour des Pairs, le 10 juillet, pour provocation à la révolte en faveur de Louis-Napoléon. D'autre part le ministère et la Dynastie semblent se consolider : l'un , le 24 mars, par le vote des fonds secrets, augmentés d'un tiers; l'autre, par la naissance du Comte de Paris, le 2^ août, et la gloire acquise à la prise de Saint- Jean d'Ulloa, le 27 novembre, par le Prince de Join ville.
Quant à la pension de cent mille francs votée, le
2 juin , pour la Reine Caroline de Naples , Sœur de Napoléon y si je rappelle cette décision, à laquelle je contribuai 9 c'est pour vous expliquer une lettre autographe que vous trouverez dans mes papiers ; lettre de remercîments que cette Princesse m'écrivit en quittant pour jamais la France (i).
Maintenant* passons à Tannée iSSg. Toutefois remarquons que le calme de i838 n'avait été qu'apparent, et bien plus dans les choses que dans les esprits dont la fermentation devait, dès les premiers jours de l'année suivante, faire explosion. Commençons donc par rappeler l'origine de cette querelle.
Le 6 octobre 1837 M. Mole, afin de revenir au Pouvoir, s'était associé à M. Guizot. Celui-ci, malgré mon avis, leurs caractères me semblant antipathiques , s y était prêté. Il avait même accepté modestement le por-
tefeuille de l'Instruction Publique, mais en exigeant que celui de l'Intérieur fût donné à Gasparin , excellent administrateur, et l'un de ses amis politiques les plus éprouvés. Peu de temps après, il s'était plaint à moi de l'aigreur du premier ministre. « Elle se nia- « nifestait, disait-il, en toute occasion. Il n'en com- <( prenait pas la cause. Etait-ce désaccord de vues ou « de caractère , ou plutôt jalousie de pouvoir ou de « talents? »
Cette malveillance avait surtout éclaté au commencement de i838, quand Gasparin, renonçant à l'Intérieur, M. Guizot prétendit l'y remplacer. Mole s'y était opposé ouvertement. Le rejet de la loi de disjonction, en renversant le ministère, avait mis fin à celle
(1) L'original de cette lettre est aux Airhives nationa'cs.