‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 254 sur 302 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

i^uerre intestine. Un long interrègne avait succédé, pendant lequel chacun de ces deux ministres s'était efforcé de recomposer un cabinet. MoIé seul y réussit. 11 ■avait repris la Présidence du Conseil le i5 avril i838, à l'exclusion de M. Guizot, et en s'adjoignant Salvandy, Barthe et Montalivet.

C'était ainsi que la majorité conservatrice, formée par Périer et ses successeurs, s'afiaiblissant, tendait à se fractionner en trois Partis. Les Conservateurs, déjà divisés en 1 836, après le passage de M. Thiers à la Présidence, par la formation du Tiers-Parti, allaient se trouver encore subdivisé par cette scission nouvelle. Une part s'était réunie à Mole , chef, comme nous l'avons vu , d'une politique flexible , souple et d'expédients , tandis que l'autre part était restée fidèle à M. Guizot, chef du Parti jadis Doctrinaire, d'un parti à principes iixes, fermes jusqu'à la roideur peut-être, mais hautement déclarés et soutenus.

Toutefois cette fraction conservatrice, si utile au milieu d'un peuple aussi mobile , avait , quoique dépossédée du Pouvoir, déclaré vouloir persévérer à le soutenir. C'était alors , que , se défiant de cet appui. Mole en avait appelé à une autre Chambre, à une autre majorité , et que , soit en nommant Pairs plusieurs Députés amis de M. Guizot, soit en combattant secrètement la réélection de plusieurs autres, il avait commencé la guerre; guerre personnelle, de toutes la plus irritante, et surtout de la part d'un ministre du Roi contre les soutiens, jusque-là les plus dévoués, de la Royauté, guerre dans laquelle ce ministre tournait contre eux ces «némes armes dont ils venaient de se servir pour la

défendre; hostilités que bientôt la Presse envenima ^ et qui 9 s'aigrissant de plus en plus , éclatèrent enfin à la tribune.

M. Guizotn'en prit pas l'initiative. Ses amis, jeunes et ardents, irrités de se sentir attaqués dans leur existence politique, le devancèrent. H résista; il les contint même autant qu'il lui fut possible. Je me souviens que, au milieu de leurs cris impatients, chez lui^ un soir, la veille du jour où ces hostilités se déclarèrent, à une dernière interpellation : « Eh oui, me « répondit-il, aussi ai-je fait tout ce qui dépendait « de moi pour éviter une rupture. J'en reconnais les « inconvénients. Mais, vous le voyez, mes amis m'en- « traînent. Les dernières agressions des feuilles mi- « nistérielles les ont décidés. Broglie vient d y être (( attaqué lui-même. Il est indigné; il veut se défen- « dre. Et je me tairais encore ! Je m'isolerais, j'aban- <c donnerais les miens! Puis-je ainsi, lorsqu'ils accep- « tent la guerre qu'on leur déclare, les désavouer, les « blâmer par mon silence? et, par ménagement pour c< un ministre qui s'est fait mon ennemi, rompre avec a mes meilleurs et mes plus anciens amis? »

Il y avait cependant pour eux, comme pour lui, dans ceconflittoutpersonnel, deux dangers inévitables. L'un, de paraître tout sacrifier àTambition, en se trouvant coalisés , de fait, avec les Oppositions qu'on avait combattues jusque-là comme dangereuses ; l'autre, quelques précautions oratoires qu'on pût employer, de frapper du même coup que le ministre le Pouvoir et le Roi que ce ministre représentait. Il eût donc mieux valu s'abstenir, savoir attendre, ou, comme alors on lepro-

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