‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 256 sur 302 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

niaise de notre époque laissaient ainsi jouer à ce jeu fatal des émeutes et des sanglantes rébellion^. Il consista , ce jour-là, à profiter de la sécurité et des vacances presqu'universelles d'un dimanche de printemps , pour s'emparer d'abord , par surprise, de la Préfecture de Police et de la Cité. La révolte devait se faire de ce quartier, à l'aide des ponts, un camp retranché de barricades; *puis, aussitôt, étendre ce foyer d'insurrection : en arrière d'elle, jusqu'au faubourg Saint-Antoine ; à sa droite , dans les quartiers Saint-Denis et Saint-Martin ; en avant-d'elle , jusqu'aux Tuileries, à la Banque et au Palais-Royal.

Quant aux moyens , c'étaient : pour munitions de guerre, à peine trois mille cartouches, et de divers calibres; pour armes, quelques pistolets seulement. On comptait, pour se procurer des fusils, sur le pillage des armuriers, puis sur le désarmement des postes. Quant au nombre, un premier succès l'augmenterait. A ce signal, on ne doutait pas du concours de ces enfants perdus, avant-garde de toute émeute, . gamins querelleurs dont Paris fourmille , et de tant d'autres, intéressés, par leur misère et leur inconduite, a tous les désordres : populace nombreuse, que l'oi*siveté du dimanche aiderait à ameuter.

L'exécution fut digne de la préméditation. Pendant le pillage des armes et la distribution des cartouches, un quart environ des sociétaires s'éclipsa , comme aussi, dès les premiers coups de feu, la plupart des excitateurs, gens les mieux vêtus, beaux parleurs ou gens de plume. Le reste, en trois troupes inégales, alla s'attaquer à la Préfecture de Police , au poste de

la place du Chàtelet j d'où ils furent repoussés , et à 1 celui du palais de Justice, où Barbes, de deux coups de feu à bout portant, assassina Tofficier de garde pendant qu'il parlementait, et en fit ensuite égorger la troupe; crime inutile, la révolte partout ailleurs ayant été chassée de la Cité, et contrainte à se transporter sur la rive droite. C'est là que furent désarmés les postes de gardes nationaux de l'Hôtel de Ville, de deux mairies, et que celui du marché Saint- Jean, défendu par douze soldats de ligne, fut massacré.

Le nombre des révoltés s'accroissant alors, ils couvrirent de barricades l'espace compris entre le boulevard et les quais, depuis la rue Saint- Antoine jusqu'au Palais-Royal. Mais, comme la plupart étaient sans armes, quand, revenus d'un premier moment de surprise , la Garde Nationale et la troupe se présente- . rent, ce fragile échafaudage fut renversé : on ressaisit ce terrain entier, sans coup férir, hors sur deux ou trois points que, après quelques coups de feu, l'on emporta à la baïonnette et au pas de course.

Tout parut terminé, et tout l'eût été en effet ce soir- • là même, si le lendemain on fût resté sur le pied de guerre, sans souffrir, sous aucun prétexte, le moindre attroupement. Mais , au lieu d'une proclamation vigoureuse et d'une attitude menaçante suivie des plus prompts effets , on respecta la curiosité des uns, on toléra le mauvais vouloir des autres, on laissa des foules s'agglomérer; d'où vint que, à leur faveur, vers le milieu de ce second jour, les factieux, reprenant courage, relevèrent leurs l^arricades. Il y en eut, dans le quartier du Temple surtout, que l'on fut con-

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Iraint de reprendre de vive force, La caserne des Minimes même fut attaquée ; après quoi, cette misérable insurrection, sans but, sans chefs, Barbes, le seul audacieux, ayant été pris la veille, et la plupart des autres s'étant cachés , vagua, sans armes apparentes et presque sans répression , de la rue Saînt-Méry à TÉcole Polytechnique; revint, avec un drapeau rouge, à ses premières barricades rue Saint-Magloire, où , par une dernière lutte enfin , et assez sanglante , on Tétouffa.

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