CHAPITRE II
Cependant, grâce aux nouvelles parvenues rapidement, notre diner aux Tuileries, assez agité d'abord, s'était terminé sans inquiétudes. Mais à cette agitation une autre avait succédé. Cette alerte inattendue avertissait qu'il fallait une vie plus que provisoire à un ministère chargé du poids d'une aussi lourde responsabilité. Le Roi , décidé à en finir ce jour-là même, avait donc fait appeler M. Guizot.
Ce grand orateur accepta la charge de composer un Cabinet, qu'il promit de soutenir, et dont il s'exclut lui-même. Il sut décider à y entrer des hommes de talent , de diverses nuances conservatrices , modérées , presque neutres entre les divers Partis. Il n'y voulut qu'un seul des siens. Je le vis accomplir cette œuvre loyale et désintéressée. Trois heures lui suffirent. Vers
onze heures du soir, quand je quittai le château , ce ministère définitif, composé du maréchal Soult, de Duperré, Duchâtel, Dufauré, Villemain, etc., était sur pied contre l'émeute, dont, il est vrai , la répression semblait terminée.
Cette administration, toute de conciliation , pouvait être faible encore et d'une viabilité douteuse , mais elle convenait à la composition d'une Chambre à la fois réformatrice, conservatrice, et sans majorité homogène. 11 n'y avait donc rien de mieux à faire.
Il en résulta que le reste de cette année fut calme. Quant à notre arrêt sur les révoltés du i;2 mai, il intervint le 1 2 juillet. Quinze d'entre eux furent condamnés à diverses peines,, et un seul à mort. Barbes, qui parut dès lors repentant, religieux même, mais seulement jusqu'à la commutation de sa peine.
Au milieu de ces souvenirs historiques , le plus souvent personnels et conséquemment restreints , il me revient que, dans cette session de iSSg, Mousnier,run de nos collègues, justement renoiiuné comme son père, fit une proposition de loi digne de remarque. Le but en était de limiter à cinquante Grand'Croix , trois cents Commandeurs, mille Officiers et quinze mille Légionnaires, à seize mille trois cent cinquante enfin , les membres de la Légion d'Honneur. Le moyen fut de n'accorder désormais qu'une décoration sur trois extinctions, jusqu'à réduction légale du nombre excessif de cinquante mille quatre cents, auquel la Légion était arrivée. Mousnier m'avait fait prendre l'engagement de le soutenir dans son entreprise. Il ne réussit qu'à demi devant les Chambres; il échoua complète-