‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 269 sur 302 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

présent, où de grands travaux occupaient ou allaient occuper de plus en plus les prolétaires. Le Roi a paru surtout frappé des deux faits cités plus haut, la revue et la rééleclion. « Cela est en effet reuiar- « quable et rassurant, a-l-il <lit; je ne croyais pas celte ce Garde si bien disposée. Je pensiiis bien que, en gêné- « rai, vos honnêtes gens détestaient le désordre; mais '< je croyais <|ue, inertes pour le réprimer, ils vous « inanqiKiient dans Toccasion! » .lai répondu par des e\enq>les contraires; à cpioi le Koi a repris : « Kn ce « cas, c'est là une grande force! « L'entretien ayant alors tourné sur les excès de I Vesse et de Tribune, j ai saisi celte occasion de dire à Sa Majesté tout ce dont nous étions convenus : {{u'on se tromperait sur la situation morale de la France en la jugeant de loin sur paroles; que Siv Majesté n'ignorait pas notre péché originel, quittait d'être frondeurs et babillards; qu'à ce penchant s'était ajouté notre (lonslitution, machine b plus bruyante et criarde qu'il fut possible d'imaginer; maïs (|ue ce défaut portait en lui-même son correctif; que,dangereiix d'alx>rd, bientôt cesexcèsavaient blasé, et que toute cette licence, écrite ou parlée, avait perdu toute influence; qu'elle ne devait plus être considérée que comme un langage convenu, jugé d'avance; une espèce d'ai^ot qui n'en imposait à personne, comme ce bruit des rues aucpiel on se fait, et qui n'empécbe plus de dormir; que, au dehors, il était nativel qu'on n'en jugeât point ainsi, et qu'on crut la France un volcan, tandis qu'au contraire, dès les premiers pas qu'on y faisait, on restait surpris de la trouver calme, même jusqu'à Tindiflerence ; que le peu d'agitation

qu'on y remarquait était à la surface ^ entre quelques ambitieux, mais dans un espace circonscrit , toujours le méme^ entraînant, il est vrai, quelques changements d'hommes trop fréquents, mais jamais de choses ou de système; que c'était comme un vaisseau chassant sur son ancre, mais sur une ancre solide qui était le Roi, et sur un bon fond, qui était la classe intermédiaire, c'est-à-dire la nombreuse et toute-puissante classe de tous les possesseurs de fortunes mobilières ou inuuobîlières, gens éclairés, satisfaits, fiers même de leur position, sadiant bien qu'en cela ils n'ont phisrien à gagnera un changement; qu'ilsy auraient, au contrîiire, beaucoup à perdre, et que toule révolution ne pourrait leur être que mineuse; qu'aussi remarquerait-on que le mouvement révolutionnaire de j83o, si imprudemment provoqué, avait touché à son plus bas fond; que maintenant, grâce à la sagesse du Roi, tout remontait ; qu'il y avait réaction vers l'ordre; qu'enfin il ne restait plus que deux points d'irritation, capables de volcanîser encore la France, et plus encore qu'il y a cinquante ans, sa richesse étant doublée et sa population accrue de plus d'un tiers : l'un, tout intérieur, sa passion de l'égalité , point entièrement hors de question avec la Dynastie actuelle ; l'autre , tout extérieur, le point d'honneur, l'orgueil national; mais que ce point-là^ aussi chatouilleux que l'autre, était de même, en ce moment, hors de question, grâce à la sagesse des Gouvernements de l'Europe, auxquels le Cabinet de Berlin avait donné le plus heureux exemple. Ici le Roi, qui plusieurs fois*m'avait interrompu, s'est écrié : a Oh! cela est sans aucun doute. Nous voulons

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