P41S4NT SUITE A LA DÉPÊCHE CI-DESSC
( Et dont , à mon retour à Paris , une partie a été lue au Roi
et à son Ministre. )
Vendredi y lo juillet, « Dans les premiers moments de mon audience chez la Reine , je risquai , en lui parlant de M*"^ la Duchesse d'Orléans, de dire que nous la devions à la Prusse. Le Roi avait accepté gracieusement cette expression de reconnaissance ; quant à la Reine , elle me répondit d'abord : «Mais non, nous n'y sommes pour rien. » Ce qui était faux quantaufeu Roi, mais trop vrai pour elle, et conforme à Téloignement qu'elle a pour la France. Je me tirai de ce mauvais pas en paraissant n'y point faire attention, et en redoublant d'éloges pour M™* la Duchesse d'Orléans. Puis, quelques minutes après, voyant la Reine satisfaite et entraînée par la conversation que j'avais amenée sur son père, autrefois colonel, comme le mien, au service de France, et avec qui j'avais eu, à Munich, les rapports les plus agréables, je revins sur la même assertion, qu'elle ne combattit plus, acceptant ainsi l'expression de reconnaissance de M. le Duc d'Orléans pour le feu Roi. Ce fut alors qu'elle renouvela plusieurs fois, avec curiosité et plaisir, ses questions sur l'intérieur du Roi et de nos Princes ; qu'elle se plut beaucoup au tableau que je lui traçai de leur tendresse paternelle, filiale, fi-aternelle et conjugale ; et qu'enfin émue , elle me répondit par un éloge complet de la Reine, des Princes et de M™* la Duchesse d'Orléans. Quant à M"** la Duchesse de Nemours, elle m'interrogea avec insistance sur le genre d'esprit qu'elle montrait. Comme je lui répondais qu'il nous était impos-
sible d'en juger encore, parce qu'elle ne savait pas bien le français , sur de nouvelles interpellations semblables, j'ajoutai que, en attendant, sa charmante figure parlait très-spirituellement pour elle. « Mais enfin , n'est-ce pas,, reprit la <c Reine, que M™® la Duchesse d'Orléans a plus d'esprit cpie (( sa belle-sœur? — Tout ce que je puis dire à Votre Ma- (( jesté, répliquai-je, c'est qu'il est impossible d'en avoir a plus que M"* la Duchesse d'Orléans ! »
a Dans ce même jour, lo juillet, j'ai été passer la soirée chez M. le Prince de Wittgenstein. Il venait de me présenter aux dames dont mon arrivée avait interrompu la conversation, lorsque, s'adressant à l'une d'elles : a Hé quoi! lui dit-il gaî- « ment, vous n'éprouvez pas plus d'émotion en voyant cea lui auquel vous devez le salut du Prince qui vous a donné ce la vie, dont vous êtes l'ornement ! Car sachez-le, Monte sieur le Comte, M"*' la C***** de ***, que voici, est celte c( même enfant dont la P"® d'Hatzfeldt était près d'accou- « cher quand, malgré l'ordre donné, vous l'avez introduite ce 'si à propos chez l'Empereur pour y obtenir la grâce de a son mari ! » Alors , comme cette dame , sans rien répondre , prenait un air un peu boudeur et embarrassé : a Ah! pardon, reprit malicieusement M. de Wittgensa tein; j'ai fait, je le vois, une maladresse : j'ai rappelé (( une date de naissance que, en vous regardant, je trouve « moi-même invraisemblable ! » Et là-dessus, m^emmenant de l'autre côté du salon : « Vous voyez, ajouta-t-il, que dans a une jolie femme le regret d'avoir passé trente ans est sa c< préoccupation la plus exclusive ! Mais causons de choses <c plus sérieuses. — Oui, répondis-je ; et d'autant plus que je (( suis pressé de vous exprimer ma reconnaissance pour l'ac- « cueil si honorable que j'ai reçu du Roi, grâce à vous, sans « doute, comme aussi pour les témoignages si positifs d'ata tachement que Sa Majesté m'a donnés pour le Roi et pour