‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 272 sur 302 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

n la Famille Royale de France. » A ces mots, et à quelques autres que je savais le toucher personnellement , le Prince s^est animé peu à peu, et, s'épanchant tout à coup, il m'a dit : « Tenez, Monsieur de Ségur, je ne vous le cache pas, je suis « vieux, affaibli, frappé au cœur profondément; il est temps « que je me retire ! .... Et puis ce n'est pas tout, voyez-vous :

« c'est une Cour jeune, j'y serais déplacé ! Enfin, je n'ap-

« prouve pas tout ce qui s'y fait. Ah ! je vous l'ai dit, votre « B.oi a fait une bien grande perte dans le feu Roi , une perte « irréparable!.... Je ne devrais peut-être pas le dire; mais « que voulez-vous? ce qui est aujourd'hui n'y ressemble « plus.... vous comprenez... une tête où il y a trop de.... « comment dirai-je en français? — Trop d'imagination peut- « être, trop de pensées à la fois, » ai-je ajouté pour l'aider, voyant bien de qui il voulait et n'osait parler plus ouvertement. «Oui, oui, a-t-il repris; c'est à peu près cela, mais non

« pas tout encore pas trop de pensées.... Je n'en veux

« pas dire de mal, mais enfin cela ne vaut rien pour goucc verner. » Alors, se prenant le front d'une main , il agitait ses doigts comme s'il eût voulu figurer une fermentalion, un mélange d'idées trop actives et trop mobiles, et il ajoutait : a Quand la tête est comme ceTa, voyez- vous , les a affaires marchent mal : on ne sait plus où l'on va, on ne « peut compter sur l'avenir, sur rien ! Non , cela ne me 0 convient plus ; je n'y conviens plus moi-même ; je ne veux « plus, m'en mêler, il faut que je me retire ! » Fort surpris d'un si singulier épanchement, je le confiai au C'^ Bresson, aussitôt que nous fûmes en voiture. J'étais persuadé qu'il m^allait répondre que ce Prince, dont il était l'ami , lui en avait déjà dit autant, et sans doute bien plus encore ; mais, tout au contraire, il demeura confondu d'étonnement, et nous nous quittâmes, tous les deux assez intrigués sur le motif et wir la portée d'une telle confidence. Ce qui est certain, c'est

que nul mieux que le Prince de Wittgenstein , qui a si longtemps et si sagement gouverné la Prusse sous le feu Roi, ne doit connaître le bon ouïe mauvais génie de son successeur. Pourtant, le matin même, plusieurs personnes, attachées à la Cour, m^ontdit : « Que jamais Roi, nouvellement monté au « Trône, n'avait plus démenti les prévisions inquiètes ins- « pirées, jusque-là, par son esprit railleur et ses habitudes « paresseuses; que sa transformation, sur ces deux points « surtout, à leurs yeux était complète ; qu'ils la remarquaient « dans ses audiences , dans ses réponses comme dans ses a travaux assidus avec ses ministres ; que sa table lui plaisait (( toujours beaucoup, il est vrai, mais que son lit, auquel il te- « nait trop autrefois, il le quittait, à présent, dès cinq heures (( du matin, pour reprendre son travail!» Ces officiers ajoutaient qu'il se plaisait aux arts, à la littérature, et à la conversation, où son esprit, enjoué comme sa physionomie, et son instruction lui donnaientun grand avantage ; que, sanspassion pour les femmes, ces délassements n'auraient pas d'inconvénients, les repos, ainsi occupés, des Rois faisant aussi celui des Peuples. J'ai trop peu vu pour juger qui , d'eux ou du Prince de Wittgenstein, avait raison : l'avenir en décidera !

Dimanche^ 11 juillet. «M. de Werther sort de chez moi. En voyant sur ma table le Journal des Débats^ il s'est récric sur la grande et universelle influence de cette feuille. En effet, tout ce que je vois et entends me prouve qu'on peut considérer ce journal comme celui des notabilités de toute l'Europe, et peut-être plus encore en Prusse que partout ailleurs. L'entretien, du reste, a eulieu^ur les affaires du Hanovre et sur les nôtres etc. etc. (J'abrège, cela étant

aujourd'hui san% intérêt. Ce furent, quanta nous, des éloges de M. de Werther sur M. Thiers et M. le Duc de Broglie, des conseils au premier de s'aider de la sagesse du second,

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