CHAPITRE IV
c( lâchement de politique et de famille pour la Russie, avait 'c au fond plus d'éloignement quVn ne pensait pour son a voisin du Nord; que ses goûts, ses penchants et son cac( ractère étaient antipathiques aux violences exercées en « Pologne , comme à d'autres façons d'être et de faire de « cet Empereur ; qu'il avait au contraire un penchant se- « cret pour la France; que le Voyage de M. le Duc d'Or- « léans y était pour beaucoup ; que ce Prince avait touché « le cœur du Roi ; qu'il y avait dans ce cœur plus de libérac( lité qu'on ne pouvait croire, etc. etc. »
« A trois heures, Theure du dîner, j'étais chezle Roi. Après de nouvelles bontés de Leurs Majestés l'on s'est mis à table : toute la Famille Royale d'un côté, et en face les convives. Le Boi m'a constamment adressé la parole, tantôt sur l'Algérie , tantôt sur Paris , sur feu M"* la Duchesse d Orléans et sur Sceaux, ce qui m'a donné Toccasion de rappeler qu'avant la révolution de 178g, très-enfant alors, j'avais eu l'honneur de voir, à Sceaux, le célèbre Prince Henri de Prusse, frère du Grand Frédéric , et même d'être embrassé par lui. Le Roi a bien voulu me répondre à ce propos : a Qu'il était fort contrarié de l'absence de ses frères ; « qu'ils seraient certainement désolés de n'avoir point fait c( connaissance avec moi, etc. etc. » Après le dîner on s'est longtemps promené sur la terrasse. C'est là que M'°* la Princesse de Prusse m'a chargé de dire à M'"* la Duchesse d'Orléans. : « Qu'elle l'aimait tendrement ; qu'elle me remettrait tt seule, s'il se pouvait, sa réponse, b Puis elle m'a parlé de mon fils et de ma belle-fille , dont M*"*^ la Duchesse d'Orléans lui écrivait les plus aimables choses. En la remerciant, j'ai répondu que cette Princesse parlait sans cesse d'elle comme de sa sœur la plus chérie. « Et moi de « même, a-t-elle repris; mais malheureusement nous ne « pouvons nous voir ! » Alors, et à voix basse, elle a ajouté :
TiOG LIVRE QUATRIÈME
u Je voudrais bien qu'on ne songeât plus qu'à se rapproa cher, qu'à rester unis! 0 Sur ma réponse, que, avec tant lie grâces et d'esprit, il était impossible qu'elle n'exerçât pas une heureuse influence : « Oh non ! a-t-elle répliqué, je ne « dois point surtout paraître en avoir; mais peut-être que a des sentiments de douceur et de conciliation rapproche- « ront des personnes faites pour se convenir, et maintien- « dront une paix qui doit être si chère à tous ! Déjà mémo, a des caractères, des esprits, autrefois opposés, changent : « ils se modifient. x> Cependant, quandje fis cette remarque qu'il serait bien désirable que toutes les personnes placées dans une position aussi haute et aussi influente que l'était son Altesse Royale , eussent des sentiments aussi favorables au bonheur des deux Familles et des deux Peuples , en me répondant par un geste très- expressif d'acquiescement, elle me montra clairement le regret qu'il n'en fût pas ainsi; regret dont la Reine me parut être l'une des principales causes , et d'autant plus que , en ce moment , l'œil inquiet sur notre entretien , elle le surveillait, tournait autour, et cherchait à l'interrompre , ce qu'elle fit enfin , en m'abordant d'un air assez contrarié.
« Elle m'a pourtant comblé de nouvelles obligeances. Puis elle m'a chargé de ses compliments , mais pour les deux Princes seulement, pour M. le Duc d'Orléans surtout, ajoutant : a Qu'il était si aimable, si distingué! qu'elle a était bien fâchée de ne point connaître la Reine ! » Or, comme je ne répondais que par des saluts silencieux , par un air d'attente fort marqué, et par un sourire qui provoquait évidemment quelques mots de plus pour le Roi luimême, elle s'embarrassa, balbutia, et ne put s'empêcher de s^excuser, « sur ce qu'elle ne connaissait pas , me dit-elle, « le reste de la Famille Royale ! y> Ce fut tout ce que je pus en obtenir, et son embarras a été la seule vengeance que j'ai