‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 275 sur 302 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

pu tirer de sa persévérante et manifeste animadversion pour Sa Majesté.

« Le Roi, comme s'il eût voulu m'en consoler, est venu à moi ; il m'a demandé « si j'étais satisfait de tout ce que « j'avais vu à Berlin. » Je lui ai répondu qu'il m'avait, comblé de tant de bontés, qu'il était impossible que je n'eusse point vu tout en beau dans son Royaume ! Et, comme je me disposais à prendre congé de lui, il me dit alors : a Je vou- « drais bien revoir le Roi et la Reine à Neuilly, à Fonce tainebleau qu'on dit si beau, et que je ne connais pas ce encore! » Ces paroles pouvaient exprimer le désir d'un rapprochement plus intime entre les deux Cours; je voulus en sonder la réalité. J'insistai donc sur le bonheur qu'aurait notre Roi à le recevoir dans ce château si historique de Fontainebleau , dont il faisait restaurer à grands frais les souvenirs; mais la réponse m'empêcha de continuer. c< OU <( non ! reprit-il ; sije pouvais disposer de quelques moments, (( ce serait pour Vienne et Pétersbourg ; mais je suis trop c( accablé d'affaires. » Comme il n'y avait à cette préférence de famille rien à objecter, je ne parus avoir remarqué que ces derniers mots trop (V affaires, <c Sire, répliquai- « je, pourtant, à n'en juger il est vrai que parles dehors, tout (( ici me semble facile, tant les peuples paraissent satisfaits du « présent, et pleins d'espoir pour l'avenir ! — Merci, Moncc sieur de Ségur, m'a répondu le Roi avec émotion ; c'est c< vrai, je les crois heureux ! Mais vous-même, l'avez-vous été c( à Berlin ? Je regrette que vous y ayez souffert de vos blesc( sures; je voudrais que vous n'emportassiez d'ici que les « souvenirs les plus agréables. Je suis bien fâché de vous « y avoir vu si peu. » Après toutes les expressions possibles de ma gratitude, il a ajouté : « Dites à M. le Duc d'Oi"^ (c léans que je l'aime beaucoup; que je n'oublierai jamais le a temps qu'il à passé ici ; qu'il doit compter entièrement sur

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« mon amitié , particulièrement et entièrement , entendez- K vous! Faites aussi mes amitiés à son frère. Dites au Roi « que je tiens beaucoup à son affection ; que je lui demande « le même attachement qu'il avait pour mon père. Qu'il « sache bien que, de mon côté, toute mon ambition, oui mon « ambition, est de continuer en cela mon père. Comme lui « je veux mériter Tamitié de votre Roi ! » Gomme alors je le remerciais de me charger de paroles aussi précieuses , que j'allais, sans m'arréter, porter au Roi, et qui m'assureraient le plus agréable de tous les accueils, il a repris : i( Dites-lui aussi que je le remercie de vous avoir choisi ; « qu'il a eu là une attention pour moi à laquelle je suis extrême mement sensible ; qu'il m'a fait le plus grand plaisir ; que « je n'osais l'espérer, car depuis longtemps c'était tout ce « que je désirais : j'attachais beaucoup de prix à vous conc( naître, il m'a deviné, oui deviné, je vous autorise à le lui « dire ! » Alors il m'a pris la main et me l'a serrée fortement, à plusieurs reprises, en accueillant mes dernières expressions de reconnaissance.

t( Une heure après, en quittant le chemin de fer de Postdam et ramenant chez lui M., de Werther dans ma voiture, je lui répétai combien j'étais 'heureux d'avoir à ^apporter au Roi des paroles d'attachement et d'amitié si agréables et si positives. M. de Werther m'a répondu vivement : « Elles c< sont vraies, monsieur le Comte, je vous en réponds! Le « Roi pense ce qu'il vous a dit : il est loyal ; après votre « départ il m'a retenu pour me parler d'affaires qui ont a rapport à votre Roi et à la France, et ses sentiments a étaient tels, que vous et moi ne pouvions désirer mieux ! »

Vendredi in juillet. <( M. de Werther est revenu me voir une quatrième fois, comme il m'en avait prévenu la veille. Cette visite avait pour but la libération de Don Carlos. Il m'a d'abord dit : a Qu'il ne venait pas au nom du

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