CHAPITRE IV
tt Roi, quoiqu'il sortît du Conseil, ni comme ministre, mais « comme M. de Werther, s'il était encore à Paris et allait <c chez M. Thiers lui faire part d'une pensée qu'il croyait « opportune , convenable , et qu'il voudrait voir adoptée, a parce qu'il était persuadé que désormais cette libération c( serait sans inconvénient ; que depuis la sortie d'Espagne « de Cabrera, on pouvait regarder la cause Carliste, déjà dé- « gradée par la défection de Marotto, comme entièrement a et définitivement perdue ; que la libération qu'il propo- « sait aurait en Europe le double avantage : de faire beautf coup d'honneur à M. Thiers, qui avait trop de talent et « d'esprit pour ne pas le sentir, et de faire le plus grand (c plaisir à toutes les Cours, dont les Princes s'intéressaient « naturellement les uns aux autres, et ressentaient, chacun, « le contre- coup de ce qui arrivait à l'un d'entre eux ; que a cette idée ne lui serait point venue plus tôt, mais que, au « point où en étaient les choses , et l'Autriche offrant un « asile à Don Carlos, il croyait le temps venu de soumettre a sa pensée au Président de notre Conseil, mais de lui à lui « seul, par mon entremise , comme une communication (c nullement officielle , et purement de société, d'amitié; c( que c'était pourquoi il n'en voulait parler ni à M. Brestt son, nren écrire à son fils; et qu'il me priait de n'en parie 1er à personne qu'à M. Thiers. »
a J'ai répondu que je me chargeais de sa proposition, sans en préjuger le résultat, n'ayant aucune donnée sur cette affaire ; mais que je prévoyais que la réponse ne pouvait être prompte, le Cabinet français ne me paraissant pas pouvoir prendre un parti sur ce sujet sans s'en être entendu avec l'Espagne. «C'est juste, a repris M. de Werther; mais a ce sera l'affaire de peu de jours , la Reine étant en ce a moment près de vos frontières , etc. etc. »
a M. de Werther, malgré le deuil qui défend les grandes
&I0 LIVHE QUATRIÈME.
réunions, a voulu me donner, avant mon départ, un grauil dîner diplomatique. Après quoi, lui et M. de Humboldt, d'euxr mêmes et séparément , m'ont encore confirmé tous les sentiments de leur Roi pour le nôtre. J'ai reconnu dans les expressions dont ils se sont servis plusieurs de celles que j'avais entendues, la veille, sortir de la bouche même de Sa Majesté.
(( En faisant mes adieux à M. de Werther, je lui ai dit que nous ne nous consolions de ne Tavoir plus à Paris qu'en voyant un ministre aussi attaché qu'il l'était à notre pays, 'à la tête des relations de la Prusse avec la France. Sa réponse a été : « Que je disais vrai; qu'il me priait de « dire à M. Thiers de compter sur lui comme sur un ami de « la France, et sur un homme bien convaincu que du bien- « êtl*e de notre pays et de la Famille Royale dépendait cec< lui de la Prusse et de l'Europe entière ; qu'enfin, s'il l'o- (( sait, il me prierait de donner au Roi la même assurance. ))
« J'oublie de dire qu'il m'a été remis, ce jour-là même, de la part du Roi , son portrait sur une riche tabatière , avec cette remarque de M. de Werther, que -cette faveur m'était toute personnelle et n'était plus d'usage depuis longtemps.
« Le même jour, vendredi 17, M. le Prince de Wittgenstein est aussi venu chez moi , une troisième fois, pour me dire adieu , et me prier de mettre tous ses vœux aux pieds de M. le Duc et de M"* la Duchesse d'Orléans. Comme alors je lui fis part des paroles si affectueuses que j'emportais du Roi pour le nôtre : « Gela est bien, fort bien, d m'at-il répondu ; mais aussitôt il est retombé dans toutes les prévisions inquiètes dont il m'avait entretenu dans nos conversations précédentes. 11 est certain que , soit esprit de vieillard chagrin , soit plutôt défiance du caractère du Roi , il semblait par ces avertissements, trois fois répétés avec insistance, nous prévenir de nous tenir en garde, et de ne pas