CHAPITRE V. 51t
nous laisser faire illusion, par le présent, sur Tavenir» « Je terminerai ces notes par cette observation : c'est que, dans mes conversations avec des personnes de tout état, j'ai remarqué que toutes s'empressaient d'abord, avec un certain embarras, d'excuser leur soumission à l'autorité absolue de leur Prince par leur reconnaissance pour la paternelle libéralité de son gouvernement. Cependant , quelque satisfaites qu'elles fussent de son administration , toutes m'ont paru humiliées, devant le représentant du Roi d'un pays libre , de leur dépendance du caractère et de la volonté d'un Monarque dont les droits sont sans limites. Dans la Bourgeoisie surtout , et même dans la plus haute , la plus riche , chez ceux qui ont le plus à perdre au désordre , la crainte que pourraient leur inspirer nos troubles publics, nos révolutions même, ne semble diminuer en rien la vive s)mertume dé ce sentiment. Enfin toutes mes observations, soit volontaires , soit accidentelles , m'ont convaincu que , si la haine contre l'orgueil russe est à peu près égale, ici, à celle qu'y a laissée contre nous notre conquête , il n'en est pas moins vrai que c'est l'esprit libéral et modéré de notre Journal des Débats y qui règne chez cette Bourgeoisie, dans une partie même de l'armée, et dans la vieille Prusse comme dans la nouvelle. Quelques exclamations, échappées à M. de Werther lui-même, quand il aperçut ce journal chez moi, ont achevé de me confirmer dans cette opinion. »