CHAPITRE V
Vous le voyez , malgré ma répugnance pour la vie diplomatique , je n'avais rien épargné pour rendre cette mission aussi utile qu'il se pouvait, et pour en
5t2 LIVRE QUATRIÈME.
laisser à Berlin im bon souvenir. Ce vœu fut rempli, je dus l'espérer, puisque, lors du rappel de M. Bresson, plusieurs fois le Roi Frédéric-Guillaume montra le vif désir de me voir remplacer près de lui cet ambassadeur. Mais telle n'était pas ma vocation ; bien au contraire. Je me souviens même que l'un de mes plus heureux moments fut celui où j'échappai à celle vie , pour moi la plus fatigante qu'il soit possible d'imaginer. Ce moment , celui de mon départ de Berlin arrivé , croyant avoir satisfait À tout, et bien profondément touché d'un accueil et d'adieux aussi honorables , avec quel indicible bonheur je me précipitai et me renfermai hermétiquement dans ma voiture, bien garnie de livres choisis!
Oh ! combien , pour une imagination vive et inquiète , cette transition d'une existence surveillée et tout extérieure, toute d'apparat, à une autre tout indépendante et intérieure, fut douce et délicieuse! J'étais donc enfin rentré en moi-même, et en moi seul! J'en reprenais possession! Mes stores baissés dans Berlin encore, affranchi de tous regards, je m'étais fait de ma voiture une solitude : je m'y sentais libre de tous soucis, à l'abri de toute critique; je pouvais m'y abandonner, sans réserve, à tous mes premiers mouvements; m'y délasser de ce continuel qui- vive de la vie officielle; insulter même à cette existence factice et théâtrale par le contraste d'une entière liberté d'esprit et d'un sans-gêne complet d'attitude et de vêtements! Retour, subit et réactionnaire, à mes plus intimes penchants, à mes habitudes les plus commodes! Joignez à cela l'heureuse perspective de ne