‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 279 sur 302 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

rapporter de ce grand monde si fatigant que des souvenirs d'une conscience, d'un amour-propre satisfaits, qui devaient me rendre plus douce encore ma retraite si chère et si regrettée.

Cet enchantement dura les cinq jours et les cinq nuits que je mis à revenir.

A mon arrivée à Paris , devancé par la dépêche précédente, et porteur des notes qu'on vient de lire , je devais m'attendre à être bien reçu du Roi et de son ministre. Quelle fut donc ma surprise, en abordant M. Thiers à son déjeuner, de n'en être écouté qu^avec une distraction presque choquante; de l'entendre ne répondre à tant de bonnes paroles, que je rapportais, que par d'amers sarcasmes et des exchimations hostiles à la Cour de Prusse! Il n'applaudit (|u'aux indications que je lui donnai sur Tesprit libéral et anti-Russe qui fermentait dans cette monarchie. On eût dit qu'il aurait voulu le voir éclater à l'instant même, satisfait de cette tendance hostile à une Cour dont il semblait ne pas croire les dispositions si pacifiques.

J'étais confondu d'une telle métamorphose, et mon étonnement croissait de plus en plus, lorsqu'enfm, se levant de table et m'emmenant à part : « Vous ne (c devez pas me comprendre , me dit-il ; sachez donc « ce qui est encore un secret ici pour tout le monde, « sachez que depuis vingt-quatre heures tout est (( changé : que nous voici l'épée hors du fourreau a contre l'Angleterre, et peut-êlre même couire une <( nouvelle Coalition! etc. etc. )>

Le fait n'était que trop vrai ; mais, quoique l'orgueil-

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hU LIVRE QUATRIÈME.

leiix génie de Palmerston fût mêlé dans cette rupture, le tort au fond^ cette fois, me parut être de notre côté.

On sait que notre politique protégeait^ à la fois, le Pacha d'Egypte contre l'Angleterre, et, avec celle-ci, le Sultan, que notre position sur la Méditerranée et réquilibre de l'Europe nous commandaient de défendre contre la Russie. Or le Sultan et le Pacha se trouvaient aux prises : ils se disputaient la Syrie. Le Pacha venait d'achever, à Nezib, de s'en rendre maître; Constantinople même était menacée, sa flotte venait de se livrer à TÉgypte; et nous, embarrassés dans notre double protection, inclinant pour le Pacha, pendant nos négociations, d'un côté pour arrêter le vainqueur sur le Taurus, et de l'autre pour décider la Porte à le reconnaître son Vassal Héréditaire en Egypte et en Syrie , nous avions laissé l'Europe s'emparer du jugement de cette querelle! Un Congrès s'était rassemblé à Londres; nous l'avions même provoqué. Mais des cinq grandes Puissances qui la composaient, quand seuls nous demandions pour le Pacha sa conquête entière, les <]uatre autres Cours ne lui avaient accordé, d'abord que l'Hérédité de l'Egypte, puis, mais viagèrement, le Pachalik d'Acre, et, pareillement enfin, la partie méridionale de la Syrie.

Ces deux concessions n'avaient pu nous satisfaire. En même temps l'impatience anglaise venait de s'accroître par la répression de la révolte du Taurus, ({u'on la soupçonnait d'avoir fomentée contre le Pacha, et parla disgrâce du ministre ottoman le plus hostile à la cause égyptienne. Maintes fois déjà , fatigué de

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