‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 284 sur 302 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

pussent émouvoir Boulogne et sa faible garnison , de quoi fonder raisonnablement le moindre espoir? Non sans doute; mais on a lieu de croire que Louis- Napoléon avait été d'abord abusé , puis entraîné, par de perfides assurances, dans quelques premiers engagements; qu'ensuite, entouré d'intérêts impatients et nécessiteux, sa fortune insuffisante et son aniourpropre compromis l'avaient poussé en avant, et décidé, à tout hasard, à en finir !

Quoi qu'il en soit, le 4 ^ont i84o, uniforme du 4o*'"*, munitions, armes, proclamations, ordre du jour, tout étant prêt et tout chargé sur un bâtiment à vapeur loué d'avance, lui et sa suite^ pourvifs d'un pilote français, partent de trois points divers, se réunissent, et, s'embarquant, ils se dirigent vers la France. Le 5 , pendant la traversée ils se distribuent les rôles, les armes et les munitions. Le 6 août, vers quatre heures du matin, le Prétendant débarque, à une lieue de Boulogne, sur la plage de Vimmereux, où quatre de ses partisans, seulement, l'attendaient. Là d'abord des douaniers se présentent, et, vainement tentés,, on les entoure, on les entraîne de force vers Boulogne, où le premier poste qu'on rencontre , commandé par un sergent, résiste de même, mais, trop faible aussi, laisse les conjurés pénétrer dans la ville basse, jusque dans la caserne du 42*"* régiment.

Il n'était encore guère que cinq heures : les officiers étaient absents, les soldats à demi vêtus. Pen*danl que* ceux de Louis-Napoléon, ayant fait battre au drapeau, les ont appelés, qu'ils leur déclarent la déchéance de Louis-Philippe, Tavénement de Napo-

léon, et qu'ils s'efforcent de les gagner par mille promessesy trois de leurs officiers accourent, et, repousses de l'entrée de leur caserne, ils sont tentés comme leurs soldats. Mais l'un d'eux surtout, Col-Puggellier, un capitaine, ne répond aux cris de ^/Ve V Empereur l à l'offre d'une grande fortune pécuniaire et militaire, qu'en mettant le sabre à la main et en cherchant à se faire jour! Il criait à la trahison, il appelait ses soldats à leur devoir, lorsque, saisi par les conjurés et sentant sa voix étouffée par leurs cris de f^iue Napoléon! ce Eh! où est-il donc votre Prince? » leur demande-t-il. « Le voilà! lui répond Louis- Napoléon « lui-même. Capitaine, soyez des nôtres, et quels que « soient yos désirs , ils seront comblés ! — Je ne vous « connais point , lui répliqua Puggellier ; Prince ou « non, vous êtes un conspirateur! Le 40*"* n'a rien (( à faire dans ma caserne; il faut que vous en sortiez, a ou que je sois assassiné! » Et, comme il continuait à lutter, il allait être victime de sa fidélité, quand Aladenise, un des conjurés, en le couvrant de ses bras et de son corps, le préserva !

Cependant , au bruit de cette rixe, les sous-officiers, ayant démêlé la Yoix de leur capitaine, étaient accourus ; ils le dégagèrent et le réunirent à ses soldats. Ce fut alors, et comme il leur disait : « Soldats, on « vous trompe! /^/Ve le Roi! » qu'un coup de pistolet, parti des mains du Prince, manqua Puggelier, et blessa l'un des grenadiers à la figure. On n'a point su, depuis, si cet acte fut involontaire, et, s'il fut volontaire, à qui ce coup de désespoir était destiné.

Quoi qu'il en puisse être , après une. tentative si

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