CHAPITRE VI
France où, pour la seconde fois, sa confiance en son Étoile l'avait attiré.
Cinquante-sept prisonniers furent recueillis. Le procès qui suivit , déféré à la haute Cour des Pairs j instruit sur-le-champ, et commencé le 28 septembre, finit le 6 octobre. Dix-neuf accusés comparurent : quatre furent acquittés, et quinze condamnés^ à diverses peines. Celle du Prince fut un emprisonnement perpétuel, que réduisit à cinq ans et neuf mois son évasion de Ham.
Les détails de son procès importent peu. Je dirai seulement que nous sûmes de ses défenseurs euxmêmes, confondus d'étpnnement jusqu'à lui croire un coin de folie, que, bien moins préoccupé de sa défense présente que de son avènement futur, il ne répondait à leurs instances qu'en les entretenant des améliorations diverses que son Gouvernement à venir nous apporterait. Pour nous, l'impression qui nous resta de l'audience fut une surprise différente. Nous savions ce Prince né de parents français et italiens , et sa nature, tout au contraire des natures communes à ces deux pays, nous parut taciturne, sans prétentions vaniteuses , sans amour-propre apparent. Nous le vîmes même singulièrement peu soucieux de l'effet qu'il produisait sur notre Assemblée. J'ajouterai que, pendant les débats, sa physionomie nous sembla sans expression, son regard sans feu, son attitude simple, sans embarras, et d'une fermeté même assez digne, mais calme jusqu'à l'impassibilité : autre anomalie singulière, autre contraste inattendu avec l'impatiente témérité de ses coups de tète !
Il prit la parole avant Tinterrogatoire. Son discours, celui d'un Prétendant, fut sans jactance, noble, et ne manqua point d*habileté. 11 soutint son droit au nom de celui du Peuple, dont il invoqua la Souveraineté, méconnue en juillet i83o. Il ne montra de regrets que pour les compagnons qu'il avait entraînés dans son entreprise, m^is sans la démentir; il en défendit même l'imprudence aussi convenablement qu'il était possible. « Je représente devant Yous, ajouta-t-il, un « principe, une cause, une défaite! I^e principe, c'est « la Souveraineté du Peuple! La cause , celle de l'Eni- « pire! La défaite, celle de Waterloo! Le principe, « vous l'avez reconnu! La cause, vous l'avez servie! (( La défaite, vous voulez la venger! etc. etc. Non, il « n'y a point de désaccord entre vous et moi ! etc.. . » Du reste, il ne voyait au lieu déjuges dans la haute Cour, « que des vainqueurs, dont lui vaincu ne pou- V vait pas attendre de justice, et ne voulait point de « générosité! »
Ce discours, quand on le relira, fera quelque effet. Il en produisit peu sur l'auditoire : soit réprobation du fait qu'il tendait à justifier, soit désaccord entre l'attitude et les paroles, et parce qu'il fut froidement prononcé.