CHAPITRE VU
rannëe 1840; mais, entre ces deux époques^quel contraste vient de surgir ! et comment ne pas s'arrêter à • le contempler? O Providence, qui peut pénétrer tes secrets, et dans notre France démocratique, combien tout est soudain et imprévu !
Quand en 1 84o , étonnés de la témérité de Ix)uis- Napoléon , nous en condamnions Taudace si intempestive, si Ton nous eût dit que, huit ans seulement après ce jugement, ce même Prince, alors jugé si téméraire, se présenterait comme Député dans la France transformée en République; qu'il y serait élu par plusieurs départements , et que, lorsqu'on en viendrait au choix d'un Chef du Gouvernement, la prudence de son attitude, autant que nos dangers nouveaux, lui concilierait la presque universalité de nos suffrages, qui de nous ne se fût récrié? Qui eût pu croire à une pareille invraisemblance? Voilà pourtant ce qui vient d'arriver; et cet événement, la plupart de nous ont contribué à l'accomplir : nous avons cru qu'entre Cavaignac et Ix)uis-Napoléon il n'y avait point à hésiter !
Ainsi notre prisonnier d'hier, aujourd'hui nous le proclamons notre Chef! Ainsi va ce monde! Que d'épreuves! Que de variations de conduite nous impose, au milieu de tant de bouleversements , la nécessité despotique des circonstances: Quelle existence sans suite, sans règle assurée , où les principes eux-mêmes semblent se contredire ! Vie toute de pièces et de morceaux continuellement à recoudre; toute de carrières sans cesse à recommencer, et sans cesse interrompues par des abîmes; où chaque jour le salut du
Pays, celui de l'Ordre Social entraînent à prendre les» partis les plus opposés!
C'est pourquoi enfin , après tant de \icissitudes et • cette étrange élection , me croyant, grâce à mon âge, le droit de m'abstenir, je me décide, quoi qu'il arrive, à demeurer désormais simple spectateur. Mais, comme tel , et en contemplant cet avènement de Louis-lNapoléon , procédé d'une captivité à peu près pareille en durée à celle qui suivit la chute du grand homme dont il devient l'héritier, que de considérations naissent d'unspectacle aussi extraordinaire! Cette captivité, qui fut pour l'oncle une expiation , aura-l-elle été pour le neveu la préparation de son avenir? En aura-t-il su profiler? Dieu veut-il que cette éclipse de trente-trois ans, y compris la cruelle épreuve de Sainte- Hélène , ait atteint son terme? Veut-il qu*un aussi grand nom ne soit point déshérité de l'œuvre de salut et de régénération sociale du commencement de ce siècle? œuvre si grande, que le génie qui put l'accomplir semble y avoir été prédestiné. Quoi qu'il en soit, Louis-Napoléon est à l'œuvre. C'est à l'œuvre à le juger. Quant à moi , rebuté de tant de changements et de révolutions j du fond de ma retraite, je souhaite qu'il puisse soutenir le mieux possible le nom qu'il porte, et dont je vénérerai la mémoire jusqu'à mon dernier moment !
Maintenant reprenons le fil des événements de l'année 1840. Le 6 octobre, après la condamnation de Louis-Napoléon, jugement pénible à plusieurs de nous, quoique juste et rendu sans aucune hésitation, nous nous étions dispersés avec l'espoir de quelque