CHAPITRE VU
repos. Mais neuf jours s'étaient à peine écoules, qne nous étions déjà rappelés en haute Cour, Un cinquième assassinat «venait d'être tenté contre Louis-Philippe!
Le i5 octobre, vers six heures du soir, le jour tombant, le Roi, sa Sœur et la Reine retournaient à Saint-CIoud dans leur voilure. Ils passaient devant le poste du Lion, à hauteur de la fin de la terrasse de l'eau , près du pont de la Concorde , sur le quai des Tuileries. Le Roi s'inclinant, pour saluer, se montrait à la portière, quand tout à coup, à douze pas de lui, près du factionnaire masqué par un poteau d'éclairage, une forte détonation avait éclaté ! Au même instant la voilure, enveloppée d'un nuage de fumée, avait disparu aux regards du posle ; deux valels de pied et un garde national d'escorte s'étaient sentis blessés, mais légèrement. D'autre part plusieurs soldats, se précipitant, s'emparaient d'un homme du peuple, de taille et de physionomie basses, interdit, ensanglanté, exhalant une odeur de liqueurs fortes, et encore dans l'attitude d'un homme agenouillé pour mieux voir sans êlre vu, et mieux viser. Dans son trouble, il s'écriait : « Me voilà ! citoyens! « c'est moi ! Je ne m'en vas pas! Ne me failes point (c de mal , je suis blessé pour ma vie ! » En effet sa carabine, en crevant, venait de lui emporter la moitié de la main gauche. Quant à la Famille Royale, miraculeusement préservée, elle n'avait pas été atteinte!
Ainsi le Ciel avait, encore , contre le meurtrier retourné le meurtre ! Combien de fois, pendant dix-huit ans, sa protection évidente s'est-elle signalée pareillement! Non, jamais, elle ne manqua à cette cause;
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et c'est elle-même, et elle seule, qui s'est perdue!
Cependant le misérable avait été entraîné et fouillé au poste. On avait trouvé sur lui trois francs et quelques centimes , moitié de ce . qu'il avait emprunté pour vivre, le matin même el de plus, deux pislolets chargés, provenant d'un vol, un poignard, et des. écrits révolutionnaires.
Aux premières questions sur ce qu'il était , dans son exaltation, soit de crime, soit d'eau-de-vie, il avait répondu avec emphase : « Exterminateur de Tv- « rans! du plus grand Tyran que la France ait eu ! Je « ne suis point un fanatique exploité ; c'est le sublime a travail de la nature; Je tenais pourtant bien leTyi< ran! Maudite carabine! Cinq balles, huit chevro- « tines , ah ! je l'avais trop chargée ! »
Ce vil assassin s'appelait Marins Darmès. C'était un Marseillais; il était âgé de quarante-trois ans, el CDnséquemment né sous le Directoire : prénom , lieu et date de naissance qui peuvent le faire supposer issu de quelque démagogue sanguinaire de notre première révolution.
Celui-là , sans être lâche comme le premier assassin du Pont-Royal , ou mercenaire comme Fieschi , ou aussi brutalement féroce qu'Alibaud, ou stupide comme Meunier, était plus vicieux qu'eux tous. Son père était mort à l'hôpital. Lui-même, disgracié de la nature, d'une physionomie triviale, trapu, presque difforme, tantôt portier, tantôt homme de peine, il
avait pourtant trouvé dans Paris une femme, et même une dot de six mille francs, qu*il avait mangée au jeu ; puis cinq autres mille francs, qu'il avait volés à