CHAPITRE IV
geste qu'on' a vu lui être habituel dans ses agitations les plus' vives, on comprit qu'il n'y avait plus rîen à ajouter pour le convaincre. En même temps il redemandait son cheval. Alors, se portant à gauche, puis à droite, il se rapprocha insensibleujent d'Arcis, oii il rentra enfin, et ordonna proraptement la retraite.
Le Duc de Reggio, avec moins de sept mille houunes, fut chargé de la soutenir. Onze heures sonnaient ; il fallait jeter un pont vers Villette pour la cavalerie, après quoi se retirer successivement : d'abord, l'artillerie, ses voitures, les bagages; puis, vingt-cinq mille hommes et chevaux. Il y avait à passer la rivière, à défiler dans les rues, sur les ponts, et au delà encore au travers d'un marais impraticable, sur une chaussée, longue de douze cents pas, oii le moindre accident, un cliarriot renversé, des chevaux abaj^tus , 'pouvait tout arrêter. Etait-il vraisemblable, lorsque l'ennemi, déjà en présence et en plein jour, .nous serrait de près, en face et sur nos flancs, quand, de ses hauteurs, il pouvait compter tous nos pas, qu'il nous laisserait le temps indispensable pour nous écouler sans désordre? Il ne restait d'espoir que dans une faute de l'ennemi et dans la lenteur autrichienne.
Heureusement le premier coup de collier, risqué vers dix heures, avait un moment , à la gauche de Schwartzenberg, ébranlé Pahlen. Le Généralissime crut à une bataille. Mais, au lieu de la donner sur-le-champ, il perdit le temps en préparatifs pour la recevoir. La bonne contenance deSébastiani prolongea son erreur. Ce fut à deux heures après midi seulement, et quand depuis trois heures nos corps défilaient, que, s'aperce-
vant de notre mouvement rétrograde , il assembla un G)nseil, et, après une longue délibération, ordonna l'attaque.
Elle fut violente. Oudinot, pressé de trois c6tés à la fois . fut bientôt réduit aux maisons barricadées d'Arcis pour se défendre. Mais , dans ce gouffre où convergeaient tous les coups, les feux de l'ennemi l'écrasèrent. Levai , Montfort , Chassé , et Maulmont, étaient ses généraux. Tous furent ou blessés ou démontés, et leurs troupes renversées sur les abords du pont, qu'obstruaient les morts et les mourants. A la gauche, un bataillon Polonais se dévoua : il fut écharpé, mais il retarda la défaite. A droite, le lo""*^ léger en fit autant. En face, ce furent les iG"*" et 28"*".
Il y eut un moment où ces deux régiments, acculés au pont, allaient être jetés dans l'Aube. Ce fut là que le général Chassé, qu'Anvers, dix-sept ans après, a rendu célèbre, saisit un tambour, battit la charge, et que, s'éiançant en tête de cent vieux soldats, il repoussa l'ennemi, et donna le temps d'achever la retraite. Mais ce brave corps d'armée, venait d'être presque anéanti. On s'était fait tuer! Il n'y eut de pris, avec trois canons, que huit cents blessés.
Cependant la tête de colonne de Macdonald était parvenue dans Ormes, à l'issue du défilé. Elle recueillit Oudinot, couvrit ses restes, et contint Tennemi dans sa conquête.