‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 30 sur 302 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

C'en était donc fait ! Vaincu par Ténorme disproportion des forces^ deux fois, en dix jours. Napoléon venait d'être contraint de reculer : d*abord à Laon, devant Blùcher ; puis à Arcis, devant Schwartzenberg. Son prestige s'était évanoui! On s'était mesuré : sur l'Âube et la Seine, comme sur l'Aisne et la Marne , sa force morale, son ascendant, l'effroi qu'inspirait sa renommée guerrière, étaient épuisés! La foi en son infaillibilité victorieuse était détruite ! Cette retraite forcée décelait, elle avouait son impuissance! C'était contre ce fatal aveu qu'il venait de tant s'obstiner. 11 n'en avait que trop calculé toute l'importance.

Cependant, avant de quitter Arcis, forcé d'y abandonner ses blessés, il s'était attendri sur eux plus que sur lui-même. Sa détresse ne lui avait point fait négliger les seuls et derniers soins qu'il pouvait donner à leur infortune. Il les avait confiés aux Sœurs de charité de cette ville, et leur avait fait distribuer deux raille francs de sa cassette. Du reste^ et dans ce cruel désappointement, son maintien et ses paroles avaient conservé leur calnie et leur fierté habituelles. Il était resté dans Arcis jusqu'au moment où l'ennemi avait commencé à y pénétrer ; il ne s'en était retiré qu'après sa Garde.

Quelques instants avant de se résigner à cette re-* traite, \1 avait encore montré une singulière persistance. IVIacdonald venait de le rejoindre. Ce maréchal m'a souvent raconté que, ayant aperçu de l'autre rive

d8 LIVRE NEUVIÈME.

* toute l'armée ennemie, il était accouru de sa personne, dans Arcis, près de l'Empereur, et qu'il cherchait encore à s'expliquer pourquoi Napoléo» avait affecté devant lui, dans ce dernier moment, l'incrédulité qu'il avait montrée la veille et le matin même, sur la présence de cette grande armée, devant laquelle pourtant il se retirait. Toutefois , comme en même temps il l'avait envoyé reconnaître l'ennemi, et qu'il n'attendit pas son retour, Macdonald supposait qu'il avait voulu se débarrasser ainsi d'im témoin gênant, au moment d'un départ qui coûtait tant à sa fierté et détruisait son dernier espoir. Mais ce que Macdonald , comme Oudinot, comprenait moins, c'était pourquoi, lorsqu'il n'était plus question que de scwrtir vivant, et à l'instant, de ce coupe-gorge, il avait laissé , en s'en éloignant, l'ordre d'y tenir quatre jours encore!

A l'issue du défilé, au delà d'Ormes, seul avec Saînt- Aignan , il s'arrêta , demanda sa lunette d'approche , et, l'appuyant sur l'épaule de son écuyer, il parcourut d'un coup d'œil toute l'armée coalisée. Personne ne pouvant l'entendre , une vive exclamation sur le danger du Duc de Reggio lui échappa; après quoi, se remettant en selle et en marche vers Vitry, il s'avança lentement et silencieusement sur la grande route. Sa méditation devint si profonde, que ses mains, pentlantes à ses côtés , abandonnèrent entièrement son cheval à lui-même. Il suivait en ce moment la crête mouvante d'un ravin , et de si près, que le moindre éboulement pouvait l'y précipiter. Sain t«^Aignan, dans son empressement contre ce danger, sans choisir les

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