‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 293 sur 302 · CHAPITRE VUI. 53Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE VUI. 53Î

raconter les gloires de celte conquête se rencontrera. Mais, quand la Providence, toujours proteclrice de Louis- Piiilippe, avait, huit ans* après cet heureux choix , ramené dans Paris ce grand capitaine , Maréchal, Duc, et brillant de tout son lustre, l'histoire aura-t-elle la franchise de dire comment et' pourquoi, appelé d'abord par M. Guizot, il fut, pendant les trois journées, à jamais déplorables , de février 1848, fatalement écarté et annulé ; et cela , Iprsqu'évidemment le premier jour il eût, sans coup férir, prévenu Témeute; quand le second jour il Teût encore facilement réprimée; enfm, quand vers une heure du matin le troisième jour, lui-même répondait (et telles furent ses propres expressions) : « Qu'il se chargeait encore « de remettre, en vingt-quatre heures, Paris entier, « plus soumis que jamais, sous l'autorité légale du « Roi Louis-Philippe! »

Mais voilà que la pire des douleurs , celle que l'humiliation accompagne, me rappelant au temps présent , vient encore interrompre mon récit ; écartonsla donc, mais pour retomber dans une autre douleur plus ancienne , que \a raviver le dernier de mes souvenirs sur l'année 1840.

Cette année restera surtout célèbre par la restitution à la France des restes mortels de l'Empereur Napoléon. M. Thiers l'avait obtenue du Gouvernement anglais. C'est à lui et au Roi qu'il faut en rendre hommage.

Tout fut convenable et digne dans cette solennelle

. translation. Le Prince de Join ville, commandant la

frégate la Belle-Poule, avait été honoré de cette mis-

sion. I^ i 5 octobre 1840 , \ingl-cinquieme anniversaire de l'arrivée de l'Empereur à Sainte-Hélène, et dix-neuf ans après* sa mort^ cette douloureuse cérémonie avait commencé.

Ce jour-là, de minuit et demi à dix heures du matin , après plus de neuf heures d'un travail opiniâtre, au milieu d'un recueillement constamment grave et silencieux, la tombe de Texil ayant enfin été démolie , les quatre cercueils, de chêne , d'ébène , de plomb, et de fer-blanc, renfermés l'un dans l'autre, en furent à la fois retirés, portés sous une tente, puis ouverts successivement.

Restait encore la doublure intérieure , de taffetas , du dernier cercueil. Lorsqu'enfin elle eut été soulevée avec une religieuse précaution, le général Bertrand et Marchand, qui avaient enseveli Napoléon, et le jeune Las-Cases , chargés de reconnaître l'identité , demeurèrent frappés d'étonnement! On eût dit que c'était, non les restes du grand homme, mais leur grand homme lui-même, qui s'offrait vivant devant leurs yeux! Et réellement ce corps, revêtu de son uniforme, était si singulièrement conservé; ses traits si reconnaissables ; ses mains, renommées par leur perfection, toujours si belles; sa pose elle-même sans roideur et dans un si mol abandon, qu'il leur seml)la plutôt endormi qu'inanimé! Cette réapparition fut si complète, elle les reporta si entièrement au dernier moment où la mort les en avait séparés , et à tant d'autres souvenirs, que, fondant en larmes, ils éclatèrent en sanglots, comme s'ils venaient à l'instant de le perdre encore!

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