‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 297 sur 302 · CHAPITRE JX · texte numérisé non relu

CHAPITRE JX

et couvrir une aussi longue ligne d'opérations. Eh ])ien! arrivée au terme , dans quelle situation critique une aussi lourde masse se trouverait- elle? Arrêtée devant l'énorme développement du double cercle de nos remparts, hérissés de forts et défendus par plus de cent mille hommes , qu'elle ne pourrait guère attaquer que d'un seul côté , la voyez- vous, de toutes parts, harcelée sur ses flancs, sur ses derrières, de toutes parts dominée de front, et forcée, pour vivre, pour nourrir cinquante mille chevaux , de distendre ses corps, dès lors entrecoupés par les accidents de terre et d'eau qui nous environnent? Evidemment ces corps, ainsi harcelés en flanc, en queue, et fatigués en tête par les sorties répétées, du fort au faible «ur ce cercle dangereux , de l'armée assiégée libre d'en parcourir invisiblement le diamètre, seraient bientôt rebutés. La faim d'ailleurs, que cette masse ennemie subirait, et qu'elle ne pourrait nous imposer, suffirait seule, avant dix jours, pour lui faire lâcher prise.

Cette grande mesure, dont l'exemple sera imité sans doute, est due surtout à la persistante volonté du Roi. Elle aura un résultat bien important , celui de changer à l'avenir, ou de modifier profondément, le système de guerre d'invasions courtes et décisives par grandes masses, lancées sur les grands centres de Gouvernements; système créé par nous, et déjà deux fois retourné contre nous-mêmes !

11 y avait à ces fortifications un autre avantage, mais secondaire, quoique fort important. Elles autoriseront, elles nécessiteront une plus forte garnison dans la capitale, ce qui ajoutera aux moyens de

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contenir la populace. Ceci nous ramène à la deuxième partie de la mission du ministère nouveau : au rëtablissemenl de la paix intérieure.

Une attitude décidée et Fusage hautement annoncé et employé des lois préservatrices de Tordre rétablirent le repos public. Toutefois, soit insuffisance de ces lois , ou de leur application , surtout à la Presse factieuse, soit reste d'audace de la démagogie, le j3 septembre de cette année i84i, un nouvel attentat éclate , nous est déféré , et l'instruction , achevée le 3 décembre, amène encore à notre barre dix-sept inculpés.

Leur but, annoncé par l'un de leurs orateurs de cabarets, tel que l'instruction l'a révélé , était un bouleversement social , suivi de l'établissement d'ateliers nationaux, où l'ouvrage attendrait l'ouvrier qui travaillerait moins , c'est-à-dire peu ou point, gagnerait plus, et dont les enfants seraient dès lors élevés et soignés comme ceux des Princes qu'il s'agissait d assassiner. Ainsi commencerait le Règne du Peuple, règne dont l'organisation était d'avance, disaient-ils, toute préparée.

Voilà par quelles grossières séductions on recrutait les trois sociétés secrètes , alors appelées Réformistes^ Ouvriers égalitaires, et Communistes ! L'initiation obte^ nait des adeptes le secret et un dévouement absolu par les menaces les plus sinistres. Quant à la qualité et à la quantité de ces recrues, il n'y avait rien là de redoutable : leur nombre n'allait guère, dans Paris, à plus de mille. La plupart étaient des ouvriers, ou viveurs et mauvaises têtes, ou repris de justice, ou

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