‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 4 sur 302 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

plus nombreux, et me couvris d'une nuée de tirailleurs, pour éblouir et ne point perdre TofFensive., Il n'y avait rien de plus à faire; et pourtant qu'espérer de ces mensonges, quand un seul pas de plus en avant les eût dévoilés? Déjà même, de peur de trop engager le combat, nous étions forcés de ralentir devant nous Temportement de nos tirailleurs, et à notre droite l'ardeur des gardes nationaux de Reims les plus avancés. En effet, il restait quatre heures de jour, etiLeutsuf(i d'un mouvement de l'ennemi pour nous déposter, nous compter, nous repousser d'une part jusque sur l'Aisne, et de l'autre, enfoncer les portes de la ville, que Corbîneau, avec une centaine de fantassins seulement, défendait.

Mais qu'on juge de notre surprise quand , du haut de cette position que nous n'eussions pu disputer un demi quarl-d'heure, nous vîmes, après quelques hésitations, le mouvement rétrograde de la cavalerie Russe se communiquer successivement à tout le reste. Ce fut un spectacle singulier que celui de ces milliers d'ennemis, reculant, trois heures durant, avec toutes les précautions de la crainte , devant deux' à trois cents Gardes et bourgeois , dispersés en tirailleurs dans la plaine. Ces Russes faisaient la guerre en règle. On ne combat guère en avant d'un défilé ; ils en avaient un derrière eux , et , quand N&pioléon n'avait point hésité à envoyer huit cents hommes offrir le combat à plus de dix mille, eux n'avaient osé l'accepter, demeurant avant tout fidèles aux principes. Ils oublièrent, ce jour-là, cette observation de Tun des guerriers les plus renommés de notre Gas-

cogne (i), si fertile en célébrités guerrières : « Qu*il a n'est pas toujours bon d'aller si sagement à la ba- «r taille! »

Pour nous, au contraire, sur cette bienheureuse colline, battant une armée de notre seul aspect, nous nous exaltions de cette gloire et des applaudissements de nos compatriotes, lorsqu'un regard jeté en arrière et la vue de nos chevaux de main entrant dans Reims nous expliquèrent ce succès invraisemblable* Nous comprimes que, dans le lointain^ cette longue colonne d'hommes, de chevaux et de bagages avait pu être prise par l'ennemi pour l'avant-garde de la colonne impériale. Cette fois encore c'était donc la puissance magique de la plus redoutable des renommées, partout présente, qui, s'imposant au général russe, lui avait fait préférer à un combat inégal ^ dans une position hasardée , les vins d'Aï et de Sil* lery, qu'il était retourné boire, ce soir-là, sur leur lieu natal.

Forcés ainsi de partager notre gloire avec nos malades et pos ëcloppés, et le jour disparaissant avec l'ennemi, nous allâmes, à notre tour, nous abriter dans la ville. Notre entrée fut plus triomphale qu'un vif et heureux mouvement de charge ne le méritait* Les habitants en foule accoururent au-devant de nous; ils nous serraient les mains, ils nous félici* taient, et nous remerciaient de leurs cris et de leurs gestes les plus expressifs ! D'autres, bordant les xues sur notre passage, nous offraient leurs vins, leurs

(i) Le maréchal de Montluc,

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