CHAPITRE V
expressions, Taverlit de prendre garde ^ c qu'il n'y tf avait point là de garde-fou ! » Sur quoi , Napoléon, que ce dernier mot frappa sans doute par quelque analogie avec la témérité de la manœuvre si chanceuse qu'A méditait, se redressant soudainement: « Com- « ment? Quoi! s'écria-t-il, un garde-fou! M manque, a dites-vous, ici un garde-fou ! » Et sur quelques explications que Saint-Âignan balbutia : « Ah ! Monsieur, « rèprit-il en retombant peu à peu dans sa première a préoccupation, un garde-fou! Vous dites qu'il man- « que ici un garde-fou ! »
C'est qu'en effet il est plus que vraisemblable que, en ce moment même, il se laissait entraîner à l'un de ces partis décisifs où tout est péril extrême , où l'on n'a pour juge que Tévénement : grand ou insensé, selon le succès, et le meilleur ou le pix'e qu'on puisse prendre! Telle fut du moins la pensée de son écuyer, et ce qui suivit la confirma.
L'Empereur avait, les jours précédents, appelé tout à lui : Mortier, Marmont, ses renforts venant de Paris, et lès corps dispersés en arrière de Macdonald. Forcé, dès l'écrasement de La Rothière le i *' février, de renoncer à faire tête à l'Invasion, depuis cinquante jours il l'avait victorieusement arrêtée , en attaquant ses flancs. Ces manœuvres épuisées, il se décidait à passer derrière elle, à la prendre à dos, et à la couper dans sa racine, en abandonnant à elle-même sa capitale !
Ce parti, pris avant la défaite d'Arcis, eût peut-être pu réussir ; mais depuis , quand il avait sacrifié sur ce point plusieurs mille hommes d'élite et plus de trente
heures; quand ce vain effort, en attirant toute lar mée Austro-Russe, avait donné à celle-ci la mesure de notre faiblesse , et à Blûcher, rassuré par notre éloignement, le temps de reprendre Reims et Châlons; lorsqu'enfin ces deux masses, maîtresses de FAube, de l'Aisne et même de la Marne, par leurs corps intermédiaires, s'étaient autant rapprochées, comment espérer que ce retournement subit , que cette révolution inattendue de ligne d'opérations , ne jetterait pas sur celle qu'il abandonnait l'incertitude, le trouble et le désordre; que les corps laissée vers Soissons , et sur la Vesle , que ceux' venant de Paris , auraient le temps de la parcourir, et, pour se rallier à lui , de passer entre les deux armées Alliées, déjà sî près l'une de l'autre? L'à-propôs manquait. Toutes ces chances fâcheuses, tous ces dangers se réalisèrent; enfin ce qui, avant un revers, eût peut-être frappé d'épouvante comme un coup de génie , venant après, ne parut plus qu'un coup de désespoir. Les siens en furent déconcertés; l'ennemi s'en encouragea !
Pourtant le Duc de Reggio tint tête le soir du 2 1 , et toute la journée du 22, au débouché d'Arcis; et le 23, Macdonald et Gérard défendirent glorieusement l'intervalle de l'Aube à la Marne. Mais leurs flancs furent débordés; mais derrière eux, les murs de Vitry, remplis de Prussiens, ne pouvant être enlevés par Ney et par l'Empereur lui-même, avec des carions, de bataille , il fallut passer la Marne au gué de Vignicourt.
Le 23, un autre malheur était arrivé. Les troupes, que Macdonald, dans l'incertitude^ de ses premières