CHAPITRE VI
De son côté, dans ses jours de malheur, Napoléon, en marchant vers l'Est, où il espérait attirer la guerre, s'était éloigné de Paris plus encore. Le 22 mars, il
avait gagné le château de Plessis-le-Comte ; le 23^ il était arrivé à Saint-Dizier. Neuf cents Prussiens et un équipage de pont y étaient tombés entre ses maiiis. C'était là qu^ le Duc de Vicence Tavaît rejoint. Son retour annonçait la fin des négociations. Cette rupture, cet abandon dé Paris, les nouvelles des avantpostes, tout alarmait ! Alors commencèrent des murmures dans les états-majors généraux, dans ceux de quelques régiments, et autour de Napoléon lui-même ! On distingua les plaintes de Kellermann. Ney , dit-on , aussi se montra rebuté, soit mécontentement du parti pris par l'Empereur, ou que, pour le quartd'heure, il fût épuisé d'héroïsme ; soit peut-être parce que, en ce moment, la vue de Tennemi n'enflammait pas son âme belliqueuse et sa complexion toute guerrière. On remarqua surtout plusieurs officiers d'armes savantes , que plus de science rend plus exigeants , accoutumés à tout raisonner et qu'étonnait cette guerre, en dehors de toutes proportions et de tous principes. Ceux d'artillerie , un colonel entre autres , s'emportèrent. « Où les menait-on? Encore se perdre! Quel « succès espérer de cette fiction continuelle de bataille Ions sans soldats et de maréchaux sans armées? « Cela pouvait-il durer? Comment n'en finissait-on « pas à tout prix? Combien de temps faudrait-il en- « core se tuer à arracher des boues les batteries , avec « leurs atte^ges incomplets , recrutés de chevaux en- « tiers qui y mettaient tout en désordre? Ne voyait- « on pas que ces chevaux de ferme, que chaque joyr « on requérait, accoutumés à une nourriture forte et « régulière et à des écuries chaudes , s'épuisaient dès