‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 5 sur 302 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

vivres et leurs foyers ! Leurs femmes, à toutes les fenêtres j agitaient leurs châles , leurs mouchoirs ; elles criaient « p^went nos libérateurs ! Fwent les Gardes « d Honneur î Fiuent les braves hussards du lo**! » Nous marchâmes, entourés de ces acclamations, jus* qu'à la grande place , où ces bons habitants, se disputant nos hommes et nos chevaux, s'en emparèrent et leur prodiguèrent tout ce qu'ils avaient de meilleur; ils s'offrirent même pour toutes les réparations d'armement et d'équipement, ce qui, dans une guerre aussi active, nous était le plus nécessaire.

Aujourd'hui encore ce souvenir luit à notre mémoire comme un rayon consolateur, au milieu de ces temps tout assombris de tant d'infortunes! Combien elle nous parut digne du dévouement de ses défenseurs, cette population si aimante, qui savait récompenser, aussi chaleureusement, l'accomplissement du plus sacré des devoirs, et témoigner, avec une effusion si touchante, sa reconnaissance!

L*Empereur lui-même jugea que cet heureux coup de main méritait d'être cité dans le bulletin qui parut le i4 mars.

I-a guerre au reste est remplie de succès pareils ; nos Gascons surtout y sont passés mattres. La colline emportée sans coup férir, le fait est que l'on n'avait combattu que des yeux : combat d'appréhensions des deux parts , où la lulte avait été plutôt en soi-même que contre l'ennemi ; où le victorieux était celui qui seulement n'avait pas fui; enfin où, tournant le dos sans combattre , le vaincu ne l'avait été que par lui-même 1

Le 1 1 mars nous jouissions encore de ce bon can-' tonnement , quand nous apprîmes que M. de Saint- Priest, renforcé d'un corps Prussien, et instruit de notre petit nombre, se rapprochait; qu'il méditait une attaque nocturne, pour enleyer, avec |a ville, la cavalerie qu'elle renfermait. Qn a écrit là-dessus deux assertions hasardées : l'une, que d'indignes Français étaient allés lui livrer le secret de notre faiblesse; l'autre, que Corbineau avait été surpris par cette agression inopinée. Ce second fait est faux; je ne crois pas plus au premier, et que, dans cette cité si vaillante et si Française, il se soit trouvé un seul habitant capable d'une infamie pareille! Ces deux jours d'inaction forcée dans cette ville, où notre division s'était ralliée et réparée, avait dû suffire pour éclairer le général Russe. Si l'on a dit plus, c'est que dans le dépit des revers on suppose trop facilement la trahison.

Cependant notre cavalerie ne pouvait ni marcher au-devant d'un ennemi aussi supérieur en nombre, ni l'attendre dans des murs qu'elle n'aurait pu défendre : il fallait donc en sortir, abandonner Reims! Mais la vue de notre retraite eût encouragé l'attaque et désespéré la défense, nous attendîmes ; et, vers minuit, quand l'obscurité fut complète, quand tout sommeilla, on s'avertit mutuellement; puis, sans aucun signal de guerre, et dans le plus triste silence, nous nous dérobâmes, par une étroite poterne, à l'espoir

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