‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 40 sur 302 · CHAPITRE YH · texte numérisé non relu

CHAPITRE YH

seul au milieu d^ Russes,, il avait compté leurs régi-^ iiients, entendu leuçs projcls d'attaque, fiien plus, et pour preuve , en revenant il avait audacieusement enlevé l'une de leurs vedettes^ Ce rapport était incontestable, mais, loin d'ébranler Marmont, il ne lui inspira d'aulre précaution que d'envoyer, à plus de deux lieues de là, prier Mortier de rapprocher le lendemain seulement, de Soudé-Sainte-Croix, ses neuf mille hommes. ,

Un autre incident marqua cette sécurité si imperturbable ; les suites en furent cruelles. Vers trois heures du matin, un officier de Pacthod se présente ; il annonce que son général, avec environ six mille iiommes escortant un convoi, vient d'arriver à Bergères ; qu'il est prêt à se réunir aux maréchaux, et qu'il demande leurs ordres. Dans de telles circonstances ce renfort inattendu était inappréciable. On assure qu'il fut répondu à Pacthod négligemment , et sans même l'avertir du danger commun, qu'il eût à rester où il se trouvait. Un témmn dit plus, c'est le général Ricard lui-même : il m'a dit que, le cheval de l'envoyé de Pacthod étant tombé mort de fatigue à la porte du maréchal , cet officier en demanda un autre pour que l'ordre pût arriver à temps à son général , mais qu'on le lui refusa insoucieusement, chacun ne songeant qu'à soi : égoïsme résultant de besoins, de souffrances et d'émotions trop multipliés ; d'où vint que le malheureux repartit à pied, qu'il arriva trop lard, et que, dans la journée même, cette division, surprise en marche, au lieu de seconder en commun la retraite, y périt tout entière, à part, sans être utile!

Enfin ^pendant toute cette nuit du 2^ au 25 mars, quoique assailli par mille renseignements qui tous concordaient d'une manière eflTrayante^Marmont, persistant à les mépriser, s'était imperturbablement rendormi, répétant : « Qu'il connaissait sa position, et tf qu'il en savait là-dessus plus que personne. »

Le jour reparut avec de nouveaux sujets d'alarme. Le dernier avertissement vint de Ricard. Ce général, voyant, m'a-t-il dit, l'avalanche prête à tout engloutir, et qu'il n'y avait plus un instant à perdre , courut chez le maréchal. Ses yeux exercés venaient d'ap'ercevoir l'armée entière des Alliés marchant sur Marmont.' Leur avant-garde était déjà même en présence, et pour ainsi dire touchant à sa porte. Ricard entre ; il trouve Marmont encore désarmé, et paisiblement assis devant ses cartes ; il l'entend conjecturer sur nos chances à venir, quand il n'y en avait plus d'autres pour lui que d'être écrasé à Tinstant même !

Mortier venait d'arriver de sa personne ; son corps était loin encore. A la première exclamation de Ricard, ce maréchal, homme de résolution, dont le bon sens s'entendait sur-le-champ avec celui des autres, se leva vivement, et courut hâter l'arrivée de sa colonne. Quant à Marmont, il demeura dans ses hauteurs contemplatives, sans s'émouvoir d'un *avîs qui n'y concordait pas. Il entendit Ricard sans l'écouter, et tellement, que celui-ci, désespéré, sortit en poussant violemment la porte , décidé à faire lâcher en l'air quelques coups de feu , afin d'arracher son chef, si ce n'était de son aveuglement, du moins de son quartier général.

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