‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 41 sur 302 · CHAPITRE Vlll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vlll

Le jour était commencé, ^il était environ sept heures. Deux cent mille hommes s'avançaient contre vingttrois mille , dont la dispersion en trois corps triplait la faiblesse. Autour d'eux, l'Invasion, comme un torrent débordé, n'avait plus de digues. La droite en était déjà avancée de dix-huit lieues sur la Marne. La masse, presque entière , se précipitait droit sur Marmont et Paris, tandis que ce maréchal, selon ses instructions il est vrai , et ne songeant qu'à percer ce prétendu rideau pour se joindre à l'Empereur, allait se heurter contre elle !

Déjà des flots de cavalerie ennemie inondaient la plaine. Marmont, étonné, fut enfin forcé de faire ses dispositions de résistance sous un feu ardent. Il ne comprenait rien à cette attaque. Qu'était donc devenu Napoléon ? Pourquoi toute la Coalition se retournaitelle de son côté? H voulait en douter encore; mais, devant comme derrière lui, tout lui montrait son imprudence, et combien sa situation était critique. Devant lui, un ruisseau au fond d'un pli de terrain pour toute défense. Derrière lui, pour tout refuge, des

plaines inimenses , oîi, sans appui, son faible corps semblait cpaiine un point perdu dans Tespace; pour comble de danger, à quelques lieues en arrière, un défilé ; puis un second. Encore si, moins confiant^ il eut donné rendez-vous à Mortier derrière cet obstacle! mais non, il venait de l'appeler de Vatry à Soudé même, c'est-à-dire en avant et au milieu de Fennemi, que maintenant on ne pouvait plus éviter, (|u'il fallait combattre !

On assure, néanmoins, que le premier, appel de Marmont à Mortier avait encore été fait assez à temps, pour que, dès le point du jour, on fut réuni , mais <jue celte décision n'avait pu être envoyée d'un maréchal à un maréchal sous la forme d'un ordre; qu'ainsi, chaque décision demandant un concert, il avait fallu s'écrire, se répondre, et cela avec la déférence et les précautions indispensables à la bonne harmonie entre deux chefs égaux et dans un commandement partagé. De là des lenteurs, sans compter les accidents inhérents aux communications nocturnes. Le malheur, qui souvent s,e joint aux fautes, n'avait pas manqué de s'ajouter à celle du Duc de Raguse. H avait rendu irrémédiable sa téméraire obstination. Son aide de camp avait croisé en chemin , sans* l'apercevoir, le Duc de Trévise, que l'inquiétude amenait chez son collègue, et il avait fallu renvoyer une seconde fois au corps de Mortier Tordre de ralliement enfin convenu.

Marmont, malgré le danger qui s'aggravait à chaque instant, fut donc forcé d'attendre en combattant. Celte attente dura trois heures entières. Cependant

Page 1