CHAPITRE VIII
les masses ennemies S approchèrent de plus en plus j elles s'étendirent • et gagnèrent les flancs. Dès lors, pour rétrotgrader^ on dut se résigner au sacrifice, dans Soudé, (le plusieurs compagnies de voltigeurs, puis à risquer une charge de cavaleHe qui fut repoussée.
INéanmoinSy verâ onze heures, les deux maréchaux s'étaient rejoints ; ils étaient même parvenus, presque entiers , jusqu'au delà du premier défilé , - celui de Somme-Sous. Là, se retournant entre Chapelaine et Montépreux, ils s'étaient coiiverts de soixante canons, et^ pendant deux heures, ils avaient fait respecter leur faiblesse ; mais, de même qu'à Soudé-Sainte-Croix ^ leur position, de plus en plus débordée , devenait un piège. U restait six heures de jour, sept lieues de plaines, un autre défilé à traverser, et derrière celui-ci d'autres plaines. Quel qu'en fût le danger, il fallut donc, sous les yeux et comme sous la main de l'ennemi, se remettre encore en retraite.
Dans ces cliamps tout nus, forcé de s'appuyer sur soimême^ on reculait lentement sur deux lignes, l'une traversant l'autre par ses intervalles, et protégée de ses feux, quand tout à coup d'épais nuages, accourant de l'est, et de noires colonnes d'artillerie et de cavalerie couvrirent à la fois le ciel et la terre. Ce fut vers une heure que ce double orage, s'étaht amoncelé, éclata soudainement : siu* terre, par des charges impétueuses ; dans l'air, par une grêle violente, suivie de torrents de pluie, qu'un vent furieux fouettait au visage de nos malheureux soldats aveuglés. Bientôt le sol trenjpé se défonce sous nos canons, qu'on n'en peut arracher qu'à force de cris et de coups; les pieds de
nos fantassins glissent ou s'enfoncéïit dans une boue vis • queuse; dans leurs mains engourdies leurs armes mouillées se taisent, elles leur deviennent inutiles. Forcés de lutter ainsi contre tout à la fois, ils se troublèrent, et ne cherchèrent plus leur salut que dans la fuite.
Cependant deux fois les escadrons de Bordesoulle avaient résisté, mais une troisième charge les rompît. Il fallut que Belliard,. avec la division Roussel, accourut proraptement pour remplir ce vide. Belliard espéraij, avec ce renfort, surprendre la cavalerie ennemie dans le pêle-mêle de sa victoire et la repousser, mais de jiouvelles lignes des Alliés le prirent lui-mêmfe à revers; et, renversé sur notre infanterie, il en augmenta la déroule.
Tout eût été perdu sur l'heure , sans le 8"* de chasseurs, que Latour-Foissac lança à propos au milieu de ce désordre. A sa vue reiinemi s'arrêta pour se rallier; on respira, on reprit avec la marche quelqu'ensemble, et, comme on atteignait le second défilé , celui de &)nentray, on crut avoir quelques instants pour se préparer à en effectuer le passage. Bordesoulle et sa cavalerie en masquèrent l'entrée, que deux faibles brigades d'infanterie , placées à droite sur le mamelon de Vaurrefray, devaient défendre; le reste défila.
Mais Tennemi, se renforçant à chaque pas, s'enhardissait. Le Grand-Duc Constantin, trois mille chevaux de la Garde Russe et douze canons arrivaient en cet instant ; ils chargèrent aussitôt. Bordesoulle et ses cuirassiers étaient affaiblis; deux échecs venaient de les déconcerter, ils tournèrent bride. Nos deux malheu-