‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 43 sur 302 · CHAPiTRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPiTRE VIII

reuses brigades d'infanterie furent laissées à découvert : surprises dans leur formation y trempées par l'orage, et sans autres armes que leurs baïonnettes, l'une succouiba tout entière ; l'autre , écrasée, se releva mulilée, pt ses restes, se rapprochant et se retirant, sauvèrent du moins leurs aigles et leur général.

Aiasiledéfilé demeurait sansdéfense; la cavalerie, dispersée, fuyait; l'artillerie était culbutée et engravée au fond du ravin, un bataillon du train, vingt-cinq bouches à feu, et soixante caissons, attelés de chevaux entiers hennissant, rufint et mettant tout en désordre , y restaient aba^idonnés. Marmont revint sur ses pas pour les reprendre, mais, après de vains efforts, il y renonça.

Ce désastre, résultat de son obstination de la nuit précédente , n'abattait pas sa fierté : il passa sous ce joug sans courber la tète. Lui et Mortier, avec les divisions Ricard et Christiany, se couvrirent de ce défilé tout encombré de leurs pertes ; ils rallièrent leurs débris derrière cet obstacle, et y tinrent ferme.

Mais là encore, de même qu'à Soudé et à Somme- Sous, s'arrêter c'était préparer sa perle, puisque des masses, toujours croissantes, de cavalerie, tournant leurs flancs, allaient gagner, avant eux, Fère-Champenoise, leur seule retraite. Il fallut donc reculer encore en plaine rase, au travers d'une pluie de boulets , et poussés par les charges redoublées des Russes. Heureusement l'orage avait cessé. Les armes firent feu, et quelques-uns de nos bataillons, maintenus par leur chef, tantôt marchant, tantôt se reformant en carrés, protégèrent une foule de blessés et d'hommes débandés fuyant en déroule. On

dit pourlant que tous eussent été coupés de Fére- Cbampenoise sans Tapparilion imprévue de quatre cents chevaux, arrivant de Paris dans cette ville, et qui en débouchèrent à propos. A Taspect de ce secours Tennemiy s'arrétant, donna le temps aux deux maréchaux d'atteindre et de franchir ce passage.

On continuait vers Sézanne, se croyant sauvés, lorsqu'un nouveau corps de cavalerie ennemie, accourant des bords de. l'Aiibe au bruit du combat, faillit tout perdre. Il surprit en flanc nos files distendues qu'il rompit, sabra, et dont il ne ressortit qu'en entraînant des prisonniers et plusieurs canons qu'on ne put reprendre. Enfin, depuis le matin, attaqués en télé, en queue, chargés sans cesse, entamés, culbutés à plusieurs reprises, les restes de notre mallieureuse colonne, harassés d'une fuite si longue et si sanglante, rencontrèrent un terrain moins défavorable : ils v prirent position en avant de Linthes.

Il était quatre heures; les Souverains Alliés étaient présents. Attirés par la victoire, artillerie, infanterie, tout s'apprêtait, un dernier et funeste choc allait conunencer, lorsque, en arrière de l'aile droite ennemie, vers notre gauche, le bruit d'une fusillade soutenue, entrecoupée des détonations d'une artillerie nombreuse, détourna l'attention. Le combat en fut suspendu ; des deux côtés tous écoutèrent ; le bruit évidemment se rapprochait. Un cri, l'Empereur f cri d'alarme d'un côté, cri d'espoir du nôtre, courut dans les rangs, et telle en était la magie, que nos soldats épuisés et vaincus, ne doutant pUis de la victoire, demandèrent à attaquer !

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