CHAPITRE Vni
Ces ëcho6 annonçaient un autre désastre. C'étaient les derniers efforts du corps de Paclhod. La confiance de Marmont avait été contagieuse. Pacthod^ sans ré- ' ponse de ce maréchal, s'était , à tout hasard , avancé pour se rallier à lui , s'aventurant trop ainsi dans la plaine. Vers dix heures du matin, il reprenait haleine dans Ville-Seneux, quand il fut aperçu par Tavantgarde de Blùcher. C'était Korff et cinq mille clievaux. I/attaque avait été vive, les charges multipliées; mais, pendant deux heures, Pacthod, ayant placé son convoi entre le village et ses carrés, y était demeuré impénétrable. Il ne songeait nullement à reculer, lorsqu'une seconde apparition, celle de Wassiltchikow, avec quatre autres mille chevaux, lui fit comprendre son danger, et qu'il fallait songer à la retraite. Jusqu'à Clamange il n'avait rien abandonné : son convoi de vivres, couvert par ses bataillons, avait marché en échiquier sur quatre voitures de front. Mais là , se voyant débordé, il s'était appuyé dé ce village et, pendant un combat vigoureusement soutenu , il avait ajouté aux attelages de ses canons les chevaux les moins exténués du convoi qui l'appesantissait, et dont il allait débarrasser sa marche.
Vers trois heures, ainsi allégé, il avait atteint Ecuryle-Repos ; il s'efforçait de- gagner Fère-Champenoise, dans l'espoir d'y trouver nos maréchaux , quand la cavalerie de Korff, l'ayant dépassé, se mit en travers, lin élan du général Delort eut bientôt crevé cet obstacle; mais d'autres nuées de chevaux ennemis, affluant de toutes parts, l'enveloppèrent. Delort, attaqué de trois côtés, fit face partout; et, reculant aussi bra-
BIST. ET MKM. — T. Vil.
vement qu'il avait chargé, il revint tout entier se rallier à Paclliod, pour tenter ensemble une autre sortie^ puisque celle-là était devenue impossible.
Déjà, à droite, au delà de Petit-Aulnay et de Bannes, ils apercevaient les marais de Saint-Gond, C'était un refuge, tous s'y dirigèrent. Et d'abord leur marche^ à travers champs, fut plutôt escortée qu'attaquée par les neuf mille cavaliers ennemis, rebutés de six heures d'efforts inutiles. C'était alors, vers quatre heures du soir, que, au bruit de cet autre combat, les Souverains Alhés, devenant inquiets, avaient lâché prise sur nos maréchaux. On avait vu successivement l'infanterie <le Rayefski , les Gardes Russe et Prussienne et leurs canons se détourner, et marcher de Fère-Champenoise sur l'infortuné Pacthod. Bientôt toute cette infanterie, quatorze mille cavaliers, quatre-vingts bouches à feu, l'entourèrent. Dès lors toute voie de salut lui fut fermée, et un pas de plus, impossible.
Cernée ainsi, au milieu de cette plaine, la malheureuse division s'arrêta. Elle se forma en carrés s'appuyant l'un l'autre, les canons aux angles, et se hérissa ^e baïonnettes. C'étaient deux mille soldats et quatre mille gardes nationaux. Us croyaient l'Empereur perdu; ils voyaient l'Invasion triompher; ils savaient qu'après eux il n'y avait plus d'obstacle entre eux et la capitale ! Dans cette position désespérée , leur général les harangua ; « On ne capitule pas, lem* <c dit-il , en rase campagne ! La loi militaire le dé- « fend, et surtout l'honneur! D'ailleurs, quand la « Patrie périt, qui voudrait lui survivre? Jurons donc « de mourir pour elle! » Aussitôt, l'épée haute, lui-