‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 46 sur 302 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Pendant que cet immorlel sacrifice s'accomplissait , les maréchaux 9 profitant d'une si cruelle diversion , raffermirent leurs soldats et se dirigèrent sur Allement. Ils n y ^arrivèrent qu'à neuf heures du soir. La nuit précédente 9 s'ils eussent reculé ensemble et à temps^ ils eussent pu atteindre ces défilés avec vingt-trois nulle hommes; et^ comme, depuis Sézanne et Nogent jusque dans Paris , douze mille autres soldats étaient réunis, leur mouvement rétrograde en eût été successivement renforcé ; ces trente-cinq mille hommes, bien liés au terrain, eussent pu forcer à des déploiements , à quelques manœuvres , et faire perdre à la pesante Coalition trente heures de marche. L'Empereur alors serait arrivé à temps; les Alliés, presque épuisés de munitions, auraient pu être pris entre deux feux , et Paris eût peut-être été sauvé cette fois encore !

Mais tout le mal possible était arrivé. Cette déplorable journée de quinze heures détruisait ce dernier espoir. Nos ennemis l'ont appelée Fère-Champenoise ; car c'est aux vainqueurs qu'appartiennent ces sanglants baptêmes.

On ne sait jusqu'à quel point Marmont s'en crut responsable. Les excuses ne lui manquèrent pas. Avaitil donc pu, en dépit de ses instructions, deviner, et le parti désespéré qu'avait pris l'Empereur, et la présence de tous les Coalisés ralliés, depuis la veille, entre lui et Napoléon, et leur direction nouvelle? Connaissaitil la position de nos détachements, épars entre Seine

el Marne? Ajoulez le partage apparent du commandement entre lui et le Duc deTrévise, d où la nécessité de s'entendre et de s'attendre était résultée. Et d'ailleurs, la retraite, ainsi faite à temps sur Sézanne, eûtelle arrêté l'armée de Blûcher, déjà en pleine marche sur Paris, par Cbâteau-Thierry, Montmirail, Meaux et la Marne? Non, la fortune de la France, trop de fois tentée, l'abandonnait; le miracle de notre résistance élait à son terme. Assez longtemps le génie avait changé l'ordre des choses; ia force matérielle, alliée à la trahison, l'emportait, et tout rentrait dans l'ordre naturel.

Quelles que fussent les considérations dont Marmont , <lans son malheur alors commencé, soutint son courage, le fait est que cette fatale journée du aS mars venait de nous coûter quarante-six canons, plus de quatre-vingts caissons, une quantité de bagages, et dix mille hommes, dont cinq mille tués, quatre mille prisonniers, et mille dispersés!

Le reste , douze a treize mille honnnes harassés , consternés, hors de combat et de leur retraite, ne savait plus même oii fuir. Par leur dernier mouvement à gauche sur Allemcnt, les deux maréchaux s'étaient jetés au milieu des champs : ils avaient abandonne à l'ennemi Sézanne et son cliemin , leur seule voie de salut. Leur but, on l'ignore, à moins qu'ils n'aient espéré ou se rapprocher ainsi de Pacthod, ou regagner,' au travers des marais de Saint-Gond, leur route habituelle, et naguère encore si glorieuse, de Montmirail.

Enfin, vers dix heures du soir, le désastre de Pacthod étant avéré , et se sentant perdus dans ces boues, ils se

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