CHAPITRE IIL
de rennemi et au désespoir de nos malheureux compatriotes!
Nous partîmes plus nombreux que nous n'étions arrivés. C'était le bruit du canon qui ralliait nos jeunes Gardes, car, du reste, tout désorganisait : leà marches forcées, subites et en tous sens ; le manque absolu de distributions; les excursions nocturnes et lointaines, à la fin des marches et des combats, pour se procurer les vivres et le fourrage, et l'excès de fatigue qui en résultait « Mais enfin le séjour de Reims avait fait rentrer dans nos rangs près de deux cents Gardes.
Notre division marcha le reste de la nuit et la moitié du jour suivant, remontant la Yesle. Vers midi, la tàim et la lassitude nous arrêtèrent dans un village. On disait d'une part , ce qui était trop vrai , Reims enlevé, sa faible garnison dispensée ou prise, le sort de Corbineau ignoré. On ajoutait d'autre part que, vers Laon^. l'Empereur avait été battu, notre armée détruite, et que l'ennemi, triomphant, s'étendait déjà entre nous et la capitale ! Nous tînmes Conseil : nous songeâmes à nous faire jour, et à nous aller jeter en partisans derrière l'ennemi, au milieu de nos forteresses Lorraines, Ce projet fut incertain comme notre position, et vague comme les bruits qui , y avaient jdonné lieu.
D'autres incertitudes, de fâcheuses suggestions travaillaient les Gardes. Le lendemain matin, au point du jour, à l'heure où, déjà sous les armes, on attend la rentrée des reconnaissances , je me trouvais seul , à quelques pas en avant de ma ligne de bataille, lors-
qu'un officier des Gardes du 3"*, le jeune Sapînaud , neveu du général Vendéen qui rendit ce nom célèbre, m'aborda. J'avais, comme on s'en souvient peut-être, donné moi-même les premières leçons à ces jeunes Gardes qu'il fallait rattacher à notre cause. Depuis, un échange continuel, de soins de ma part pour leurs intérêts, ,pour leurs besoins , pour obtenir les faveurs qu'ils méritaient , et de leur part, de dévouement pour moi dans des occasions périlleuses , avait resserré les liens qui nous unissaient. Celui-ci, dans sa naïve confiance, venait m'avouer ses remords de servir plus longtemps sous l'Aigle Impériale. Il savait que monsieur le Comte d'Artois et monsieur le Duc d'Angouléme suivaient Schwartzenberg et Wellington ; il venait donc me confier et ses rejgrets de se séparer de moi, et son départ pour ses foyers, où les siens le rappelaient.
Dans un pareil corps, il n'était pas difficile de prévoir qu'une telle désertion eût été un exemple deà plus fâcheux ; mais ces Vendéens étaient des hommes de cœur y ii y avait prise sur eux de ce côté : j'attaquai celui-ci en conséquence, sans reproches, par des conseils d'amitié, au nom du péril où il laisserait son pays, ses compagnons d'armes, enfin lui rendant confiance pour confiance, et M promettant le secret. Quand je le vis ébranlé, j'achevai en faisant briller à ses yeux l'Étoile d'Honneur, que sa bravoure avait méritée et sans doute lui mériterait encore !
Un heureux hasard voulut que tout justement, une heure après, je reçusse de l'Empereur quatre de ces décorations^ Il les mettait à ma disposition pour les