CHAPITRE X
En ce moment même arriva Tannonce d'une victoire remportée le 26 à Saint-Dizier. Elle releva l'espoir de la multitude; elle ajouta même à l'illusion des chefs, ils espérèrent l'Empereur; ils crurent n'avoir à combattre qu'une des armées ennemies. Ce fut peutêtre pourquoi ils remirent au lendemain à prendre rang sar le champ de bataille, et pourquoi, malheureusement, Rayefski, Pahlen et leurs Russes, purent, dès cette soirée du 29, occuper fortement et sans combat Pantin et Romainville. Au reste, ce retard des nôtres s'explique par le temps qui manqua à nos maréchaux, et par leur fatigue.
Tandis que danç Paris notre impuissance s'agitait , chez les Alliés , leurs Souverains et leurs principaux chefs, réunis en Conseil de guerre , n'étaient embarrassés que de leur nombre et de la répartition de leurs forces. Us se décidèrent à jeter à droite, sur le Bourget, Blùcher et son armée. Saint-Denis, Aubervilliers, La Villette, La Chapelle et Montmartre furent donnés pour but à son attaque. Celui de Barclay de ToUy, ainsi démasqué, fut les hauteurs de Belleville. Entre ces deux agressions, et à leur faveur ou avec leur appui, les réserves Russe et Prussienne pénétreront , par la grande route de Pantin, jusque dans la capitale.
Quant à l'attaque de gauche, le Prince Royal de Wiu*teraberg et Giulaï en furent chargés ; la route de Lagny les dirigera. Ils achèveront, avec les corps de Sacken et de Wrede laissés vers Meaux, de s'emparer, à Lagny, Saint-Maur et Charenton, des ponts de la Marne. Ainsi les derrières de l'Invasion , couverts désormais par cette rivière , .seront préservés d'un retour subit de
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9S LIVRE ISEUVIÊME.
Napoléon. En même temps le Prince Royal de Wurtemberg s'enfoncera dans Tintervalle de Montreuîl à Bercy; il se masquera de Vincennes; il menacera les baiTières; et, par ce coup de main, il favorisera à gauche, comme les réserves Russe et Prussienne et plus loin Blùcber à droite, Pahlen et Rayefski chargés de la principale attaque.
Ce plan fait plus d'honneur à la prudence des Alliés qu'à leur résolution. Au lieu de le discuter et d'en remettre au lendemain l'exécution, ils n'avaient qu'à pousser en avant quelques pas de plus , et Paris succombait à l'instant même. Mais Paris étonnait encore! Ils avaient d'ailleurs marché trop lentement; enfin , qui, hors Napoléon, osa jamais compter sur toutes les fautes possibles de son ennemi , et sut impétueusement pousser jusqu'au bout toute sa fortune?
De notre côté, ce fut un malheur déplorable que le plan de défense proposé et rejeté dès janvier, et reproduit en mars, eût été ajourné une seconde fois par l'Empereur. Il répondait sur tous les points à cette attaque. Mais quel regret plus poignant encore, lorsqu'on songe que ces soixante dépôts d'infanterie , les volontaires , et nos corps détaèhés vers l'Yonne, eussent pu porter notre armée , le 3o mars, à près de cinquante mille hommes! Avec ces renforts et nos maréchaux, derrière des retranchements bien armés, bien approvisionnés , qui peut douter que l'héroïsme qu'ils déployèrent pendant dix heures dans cette journée n'eût retardé de plus d'un jour l'envahissement ? Et trentesix heures de résistance de plus eussent peut-être