‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 54 sur 302 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Le lendemain 3o mars, avant le point du jour, tout s'ébranle, tout marche, et chacun se rend au poste qui lui a été assigné la veille. Mortier, le plus éloigné du sien, y arriva tard. Heureusement le corps de Blùcher, qu'il devait avoir en tête, soit négligence, soit retard dans l'expédition des ordres , traînait encore derrière le grand Drancey, depuis le Bourget jusqu'à Ville- Pinte. Dans Paris, Moncey haranguait avec précaution la garde nationale. On s'en était trop défié. Elle four* nit volontairement trois mille hommes de postes extérieurs, et des tirailleurs sur la ligne. Ainsi , chez les Alliés, Blûcher à leur droite , à leur gauche le Prince de Wurtemberg , ne pouvaient arriver avant midi. Mais à leur centre , dès la première heure du jour, tout était prêt.

Un soleil pur commençait à paraître à l'horizon d'un ciel serein, et à éclairer ce dernier de nos jours de gloire ! Dès ses premiers rayons , à six heures du malin, un premier coup de canon russe annonça la fin de l'Empire et sa dernière bataille !

Ravefski débouchait à la fois de Pantin et de Romainville. Six mille soldats, les trois quarts recrues , sous deux généraux blessés , Rebeval et Michel , leur droite en avant de Saint-Gervais, leur gauche à la

route de Bondy, continrent, en Técrasant de leur mitraille, la première de ces attaques. En même temps Compans et Ledru-des-Essarts s'apprêtaient contre la seconde , sur les hauteurs des prés Saint-Gervais et dans le bois de Romainville. Marmont n'était point encore en ligne. Il accourait de ses cantonnements, et montait rapidement sur les hauteurs, par^Charonne , Bagnolet et Montreuil.

Un faux rapport le persuadait que Romainville, clef de la position, était resté libre; il se hâtait pour aller s'y établir, lorsque, dans les dernières ombres de la nuit, il se heurta contre les Russes dans les bois de ce village. Ceux-ci prirent celte rencontre imprévue pour une agression; ils s'étonnèrent, ils crurent la force proportionnée à l'audace, et s'arrêtèrent incer- .tains. Marmont fut plus surpris encore, mais il ne se déconcerta pas. L'ombre et le bois cachaient sa faiblesse, il en profita ; il appela à sa gauche Ledru-des- Essarts, et, pendant qu'il poussait devant lui, il fit menacer, de sa droite, en avant du plateau de Mal-Assise, le flanc gauche de l'ennemi. L'effort bientôt devint général, et les Russes, refoulés de toutes» parts, au lieu d'attaquer, perdirent trois heures à défendre les premières maisons de Pantin et de Romainville.

Mais là s'arrêta notre succès, et Rayefskî que sa retraite avait concentré. Sur ce sol accidenté , à nos charges heureuses succéda un combat opiniâtre et sanglant de tirailleurs, soutenu de part et d'autre de pied ferme. Cependant l'arrivée de Mortier à notre gauche et de Langeron à la droite des Russes, en alimentant le feu, rétendait jusqu'à Aubervilliers. H

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était déjà dix heures ; on respirait, et nos maréchaux, fiers du bonheur de ce premier effort, se rafTermissaient, quand Barclay dé Tolly, inquiet, voyant Bhicher et le Prince Royal de Wurtemberg encore en arrière, son attaque isolée, et Rayefski fléchir, appela toutes ses réserves.

Alors s'avancèrent sur plusieurs colonnes les grenadiers Russes,. la Garde Prussienne, celle de Bade, toute rélite ennemie. Les unes se précipitèrent entre le canal et les hauteurs, jusque sur Saint-Gervais; les autres montèrent de toutes parts à l'assaut des plateaux élevés de Romainville et de Mal-Assise. Déjà Montreuil tombe à la droite de Marmont, Bagnolet est menacé, et déjà, sur son flanc gauche , Saint-Gervais, prêt à succomber, va livrer passage, entre les deux maréchaux, à Tune des colonnes Russes* Au centre et tout à la fois entre Mal-Assise et Romainville, d'au- Ires masses, vigoureusement lancées, font ployer nos conscrits épars. Tout semble perdu sur tous les points; les avenues de Paris se couvrent de la multitude de nos blessés qui se retirent ; de tous côtés on crie Au secours l Mais Marmont, inébranlable, domine encore tous ces dangers! C'est la plus belle journée d'une >ie dont tant de jours furent remarquables !

Chabert et sa faible brigade s'éteignaient dan» le bois de Romainville. Cette première position, envahie de front , était tournée par ses deux flancs ; quelque» poignées de recrties, bien encadrées et bien comman* dées il est vrai , restaient seules pour disputer b m*conde; et pourtant, loin de se résigner à se défeiidrif, Marmont répondit à cette attaque par une agr<f**M>«

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pareille ! Il poussa en face, sur Romainville, Fournier et quelques centaines d'hommes, Ledru-des-Essarts à gauche, et Fabvîer, avec un bataillon, sur Saint-Gervais. Ces faibles secours arrivèrent si à propos et Télan fut donné si audacieusement, que tout réussit à la fois : Tennemi, culbuté , céda ; et pour la seconde fois, rejeté dans Montreuil, Pantin et sur les pentes de Romainville, Barclay y fut contenu par les feux de nos tirailleurs et par une vive canonnade.

Ce général, rebuté, s'étonna. Il était à peine onze heures, et déjà, deux fois vaincu, il venait, dans Télite qui lui était confiée, d'éprouver des pertes Cruelles ! Il s'arrêta sanglant et tout en désordre^ ne songeant plus qu'à rallier ses corps dispersés par les accidents du terrain et par leur défaite ; et , se contentant de s'affermir sur son point de départ , il se résigna à attendre, derrière un feu bien nourri, le concours simultané des attaques de Blùcher et du Prince de Wurtemberg. '

Marmont, de son côté, rectifia sa ligne de bataille interrompue par d'énormes vides. Son corps d'armée presqu'entier était dispersé en tirailleurs ; quelques pelotons seulement marquaient ses brigades, ses divisions même, et sept cents hommes sous Ricard,, toute sa réserve! Compans, avec une batterie de douze , placée en face de Pantin , et Mortier, par sa droite, l'appuyaient. Celui-ci disputait toujours Aubervilliers , et Belliard avec sa cavalerie , la gauche à Saint-Ouen, gardait encore la plaine.

Entre ce second et le troisième acte de cette glorieuse et cruelle journée, c'était un repos. Il trompa

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