‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 55 sur 302 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

le Quartier Royal. Pendant ces cinq premières heures^ le Roi Joseph 9 embarrassé de sa double responsabilité civile et guerrière, et environné d'officiers sans commandement, attendant ses ordres, était resté fixé sur Montmartre. Hors de portée et même de vue du combat de Marmont, il n'en avait pu juger Timportance. Ce Prince, d'un esprit fin et cultivé et d'une douceur d'âme et de mœurs attrayante, ne manquait certes pas de valeur personnelle, mais il n'était nullement général. Son esprit irrésolu, au lieu de s'emparer des circonstances, se laissait dominer par elles. 11 leur donnait toujours le temps de grossir, jusqu a ce qu'il n'eût plus qu'à s'y soumettre.

Ce fut en ce moment que les rapporis des deux maréchaux lui apprirent qu'il ne fallait plus s'y méprendre, et que c'était avec la Coalition tout entière qu'on était aux prises. Mais les succès de Marmont semblaient démentir cet avis ; et le Roi, sur ce sommet, doutait et se flattait encore, lorsque, coup sur coup, trois de ses officiers vinrent lui confirmer Timminence du péril. Le dernier, l'ingénieur Peyre, tenait en sa main une plus fâcheuse nouvelle. Prisonnier depuis la veille, il était renvoyé par les Souverains Alliés euxmêmes; il rapportait leur proclamation adressée à la capitale.- Elle annonçait, m'a-t-il dit, non-seulement la présence de toute l'Invasion , mais le renversement de la Dynastie Impériale ou de l'Empereur !

Dans sa perplexité , Joseph appela les ministres et les généraux qui l'environnaient, il leur demandait conseil, quand un quatrième officier accourut. Il n'était plus temps de délibérer : l'armée de Silésie en-

tière venait d'apparaître. On en montra au Roi la gauche, s'établissant sur les deux rives de TOurcq; le centre, se préparant contre La Villette et La Chapelle, la droite enfin masquant Saint-Denis, et Tavant-garde, attaquant déjà, dans Aubervilliers, le Duc de Trévise !

Alors , il était près de midi cinq heures ayant la fin du combat, le Prince, jugeant la position désespérée, ce qui n'était que trop réel, autorisa les deux maréchaux à capituler. Puis il abandonna le champ de bataille, Paris même, où il évita de rentrer, et prit le chemin de filois, en envoyant Tordre aux grands fonctionnaires et aux membres du Gouvernement de suivre sa fuite.

Son plus grand tort, en ce moment, fut de ne point s'assurer de ceux dont il devait soupçonner la trahison. Quant au reste, si les jours précédents il eût peut-être pu tout sauver encore, dans ce dernier jour que pouvait-il faire ? Le temps, les hommes, les armes, tout manquait ! La position de Montmartre elle-même, où il se trouvait, un corps d'armée ennemi, celui de Langeron , allait l'attaquer ; et, quand cinquante canons auraient pu la défendre , elle n'était armée que de sept canons mal approvisionnés, sans autres défenseurs que quelques gardes nationaux , le Prince lui-même et son escorte !

A son exemple, la foule d'officiers sans troupe qui l'entourait, sa garde aussi, tout se dispersa. Quelques chefs de la garde nationale , incertains entre plusieurs devoirs, furent entraînés, mais là s'arrêta la contagion. Moncey, de ce côté de l'enceinte, raffermit les courages. Malgré le départ du Prince, chacun tînt

Page 1