CHAPITRE XI
ferme à son poste. Au dehors, Belliard^ Mortier, Marmont, sans s'embarrasser de ce qui se passait derrière eux, sans s'émouvoir de cet abandon prématuré, et comprenant le prix d'un jour, ne songèrent qu'à faire payer à l'ennemi sa victoire le plus cher possible , et à retarder de quelques heures la catastrophe!
C'est à Marmont, surtout, qu'il faut rendre hommage de cette résolution magnanime. Il était au plus fort du péril; son corps d'armée, mutilé par six heures de combat , était presque anéanti ; c'était enfin à lui seul que le Prince avait envoyé l'autorisation de capituler. Il n'en tint compte ! Et pourtant, à l'aspect de tant de formidables masses, et de leur développement complet, surchargé de la responsabilité qu'il prenait sur lui d'exposer aux horreurs d'une prise d'assaut la capitale, acculé à ses portes, et n'ayant pour les défendre qu'une poignée d'hommes, quel autre eût osé lutter encore? Quel général n'eût alors cédé à la nécessité ? Qui de nous jamais eût songé à lui en faire un reproche?
L'orgueilleuse, la noble valeur de Marmont l'éleva au-dessus de toute appréhension. C'était l'un. des plus anciens compagnons du grand Capitaine ; c'était le dernier combat des restes de la Grande Armée; le dernier moment d'indépendance de la capitale de la grande Nation ; il comprit que toutes ces grandeurs ne'pouvaient succomber comme tant d'autres; qu'il fallait là d'autres sacrifices , de plus sanglantes funérailles , et il se dévoua ! Il fit plus : ce dévouement liéroïque , il sut le faire partager à tous les siens , car aucun ne l'abandonna !
lOC LIVRE NEUVIÈME.
Et cependant, au delà de sa droite, hors de sa portée, le Prince de Wurtemberg, avec une autre armée, tournait sa position, en même temps que contre notre gauche accourait Blùcher. Déjà même, et malgré la défense désespérée de quelques centaines de conscrits et des élèves vétérinaires d*Alfort, Saint-Maur et Charenton, pris à revers, tombaient; Bercy était pris; la gauche de Pahlen, se joignant aux Wurtembergeois , a vait dépassé Vincen nés , e t , devant la barrière du Trône, l'artillerie dé réserve et les Polytechniciens, s'avançant intrépidement, étaient renversés! Vingt et un de ces élèves venaient même de payer de leur sang l'illustration que leur dévouement ajoutait à la renommée de leur École !
Heureusement la garde nationale de la huitième légion fit alors une sortie ; le 3o™* de dragons, conduit par Ordener, chargea l'ennemi en flanc; les pièces de réserve qui restaient firent feu; plusieurs canons furent repris, et l'attaque, réprimée, recula. Ainsi, grâce à la huitième légion, aux Polytechniciens, et au 3o"* de dragons, cette agression, qui faillit tout perdre dans cette journée, en devint un des glorieux épisodes!