‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 57 sur 302 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

sommet de sa position , que deux fois il a\ait si vaillamment reconquise , voyait s'amonceler et se préparer contre lui les plus formidables moyens d*attaque. Ce fut alors que l'autorisation de capituler lui parvint, et que, la gardant pour lui seul, il n'en appela qu'à &es armes !

Barclay était prêt. Aussitôt l'assaut reconmience. La droite de l'infanterie de Marmont, sous le Duc de Padoue, défendait le plateau de Mal-Assise. Adossée à des ravins, et renversée du premier choc , elle tomba dans Bagnolet et Charonne, où plongèrent aussitôt les feux des Russes. Nos soldats s'y défendirent, et, sur la berge opposée se retournant, ils reformèrent leur ligne de bataille; mais, bientôt rappelés au centre, ces \illages restèrent abandonnés. Dès lors notre cavalerie, débordée, coupée de Marmont , fut forcée de se réfugier sous le Mont-Louis, où elle devint inutile, tandis que l'ennemi, maître des deux villages, en déboucha sur les barrières de Fontarabie et de Montreuil.

Ce furent quatre canons, placés sur le Mont-Louis, et plusieurs compagnies des 7"* et 8°*^ légions de la garde nationale, qui l'arrêtèrent. Ces braves citoyens s'aidèrent habilement du terrain; bien soutenus par la batterie, leurs feux refoulèrent les Russes dans Charonne. Gorlschakow y fut contenu ; et, sur ses hauteurs, Marmont eut le temps de combattre encore.

Ce maréchal, assailli de toutes parts, allait enfin lui-même être écrasé par le nombre. Il n'avait eu à opposer aux masses ennemies que des tirailleurs. Ceux des Russes, plus nombreux que tout son corps d'armée, et suivis de colonnes profondes, inondaient,

débordaient tous les obstacles. Vainement les nôtres se ralliaient en pelotons à tous les débouchés, aussitôt culbutés que formés , l'ennemi les suivait au pas de course. Déjà le bois de Romainville était perdu , l'étrajiglement du plateau de Brières, au moment d'être forcé. Et pourtant Marmont n'abandonne rien, il songe même à vaincre encore! Il jette dans le parc de ce château Ghéneser et deux cents hommes ; luimême, avec la moitié de sa réserve, trois cent cinquante hommes seulement et son état-major, il s'avance, tête baissée et de front, contre l'ennemi, tentant un de ces efforts désespérés dont, quoi qu'il ait fait depuis, Paris ne doit jamais perdre le souvenir! Mais il avait tenté l'impossible. Pendant qu'il s'enfonce au milieu des Russes, l'infanterie, l'artillerie de Pitzchitzki le foudroyent de front; huit bataillons de grenadiers fondent sur son flanc gauche , les cuirassiers de Pahlen , sur son flanc droit ; son cheval est tué sous lui , ses vêtements criblés de balles et de mitraille ; son chef d'état-major, le général Clavel, la moitié des siens, tombent morts ou blessés; tout ce qui ne peut fuir demeure prisonnier, et Marmont, lui-même, est forcé de reculer sur le reste de sa réserve!

Cette réserve n'était plus que de trois cents hommes. Ce revers l'épouvanla! Dans sa déroute, elle enlraîna son chef jusqu'à la butte du télégraphe. Là, un bataillon de Compans et la voix du Duc de Raguse les ralliaient, lorsque Ghéneser, avec ses deux cents hommes, sorjlit impétueusement du parc de Brièresj et surprit, en flanc et en arrière, la colonne Russe. Ce retour offensif, que Marmont avait préparé, rétablit le combat.

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