‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 58 sur 302 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

L'ennemi lâcha prise, mais la seconde position, comme la première, était perdue!

Dans cette extrémité le maréchal persévéra à ne point se servir encore de Tautori^tion du Roi Joseph. Il profita de cet instant de répit pour resserrer, reformer. et raffermir les cinq mille hommes qui lui restaient , sur la troisième et dernière position qu'il voulait défendre. Sa faible ligne se répandit au travers du parc de Saint-Fargeau, depuis le Mont-Louis jusqu'à Saint- Gervais. Belleville en était le centre. Quant à sa gauche, qui s'étendait de Saint-Gervais jusqu'à l'Ourcq , secondée par la droite de Mortier, appuyée par une batterie de douze pièces, elle avait pu se maintenir. Les efforts des Russes et des Prussiens avaient été inutiles. Rebeval, Secretan, Michel, tous nos chefs étaient blessés, mais les têtes de colonnes ennemies, toujours foudroyées dès qu'elles dépassaient Pantin, avaient été forcées de retourner s'abriter derrière ce villagie. Du reste Aubervilliers était pris, le canal de Saint-Denis, alors à peine ébauché, était dépassé; et l'avant-garde de Langeron, s'avançant impunément sur le chemin de la Révolte, forçait Belliard de reculer, avec sa cavalerie, autour et au pied de Montmartre.

Alors commença le quatrième et dernier acte de ce jour fatal. Cette fois l'attaque, enhardie par le succès, redoubla. Elle eut plus d'ensemble, elle fut partout simultanée. L'ennemi s'était renforcé de plus en plus, tandis que nos rangs s'étaient éclaircis, que* nos soldats étaient sur les dents , et nos batteries épuisées- de munitions. Quatre canons de position seulement tiraient encore sur le Mont-Louis ;

quatre autres, sur la butte de Beauregard ; sept/ sur Montmartre. Quant à la batterie de douze eh face de Pantin ) elle n'avait plus un seul boulet de calibre !

• Chez l'ennemi, au contraire, artillerie, cavalerie, infanterie et réserves, tout était accouru! La Coalition fit cet honneur à Marmont , que, après neuf ]ieures d'efforts de l'élite de son armée contre une poignée de soldats, elle crut que, pour lui arracher son dernier poste, il fallait réunir contre lui toutes ses forces !

Vers trois heures, les Princes de Wurtemberg et de Prusse, les généraux Katzler, Yermolow, Paskiewilz, Mezenzow, Pahlen, et d'autres encore, suivis de toutes leurs colonnes, s'avancèrent simultanément. Les unes gravirent d'un côlé le Mont-Louis et Ménilmontant; les autres débordèrent, tournèrent et assaillirent Saint- Gervais, et couronnèrent les buttes de Chaumont, dès Trois-Moulins et de Beauregard. Toutes, ainsi, se réunissaient contre Belleville, que d'autres colonnes, sous Tchoglikow, se ruant de plein-pied, attaquaient en face.

Pendant que, au sommet de ce village et à la butte du Télégraphe, Marmont contenait devant lui ce général, le bruit de tous ces combats et des cris sinistres le forcèrent à tourner la tête. Il voit ses flancs découverts, sa retraite menacée ! L'infanterie ennemie, couronnant les hauteurs en arrière de sa droite et de sa gauche! Déjà même elle était maîtresse, entre lui et Paris, de la grande rue basse de Belleville, dont il défendait la crête. Dans une situation aussi désespérée, Marmont ne consentit pas encore à s'avouer vaincu;

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