‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 59 sur 302 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

il voulut, d'abord, reconquérir sa position, et assurer du moins sa retraite !

Ce maréchal appelle à lui les plus braves, ses olHciers, les généraux Ricard, Pelleport, Baudin, Fabvier, etc. ; et ils accourent. Cette troupe d'élite redescend rapidement dans Belleville. A la vue des Russes, elle fond sur eux avec la fureur du désespoir! Dans ce combat acharné, tous, comme le maréchal , sont criblés de coups ou de blessures, mais tout cède à ce dernier élan : la grande rue, les rues latérales sont ressaisies! Alors, sans reprendre haleine, ses flancs et sa retraite momentanément assurés y lui et ses braves compagnons, allant d'un péril à l'autre, remontent au sommet de la position, où ils arrêtent et repoussent encore Tchoglikow !

Mais l'ennemi, vaincu dans Belleville, était resté maître des hauteurs environnantes. Marmont voyait, de ^a droite et des sonmiets de Charonne et de Ménilmontant, les Russes lancer des obus sur la capitale. Leurs avant-gardes étaient aux prises , sur les deux flancs, avec la garde nationale et les Polytechniciens ; elles allaient envahir l'enceinte ! Plus loin Mortier, assailli par tous les corps de Blûcher, en tête des faubourgs de La Villette et de I^a Chapelle, et sur le canal de rOurcq, après en avoir plusieurs fois repris les abords , les ponts et les grandes rues , se trouvait tourné, par sa droite, jusqu'à la barrière Saint- Martin. Là aussi, la plupart des chefs étaient blessés. Christiany, Curial, Charpentier, La Grange, avec la Jeune Garde et cent quatre-vingts chasseurs vétérans, ne pouvaient plus lutter qu'en reculant. Les uns déjà,

environnes, s'ëlaient fait jour à la baïonnette; les autres contenaient encore de front la victoire de Blùcher, niais Tennemi, les repoussant jusqu'au mur d'enceinte, allait en forcer les barrières, lorsque le gênerai Dejean, aide de camp de l'Empereur, arriva de Doulencourt en toute hâte. Il apportait au maréchal Mortier « Tordre, de ne point chercher à préserver Paris par w une bataille, mais par l'avis qu'il devait transmettre « à Schwartzenberg : Que Napoléon traitait, en ce « moment, directement et définitivement, de la paix <c avec l'Empereur son Beau-Père. » Le Duc de Trévise obéit, mais Schwartzenberg, m'a-t-il dit, lui fit répondre : « Qu'il était mal informé; qu'il ignorait <c sans doute la Déclaration de rupture du Congrès de « Châtillon ; qu'il y verrait le serment des Souverains « Coalisés de ne point traiter séparément; et que, « pour lui prouver la réalité de cet engagement, il « lui en envoyait un exemplaire. »

En même temps l'Empereur Alexandre et le Roi de Prusse, jugeant désespérée la position de ce maréchal, lui envoyèrent Orlow le sommer de mettre bas les armes. Mortier repoussa hautement cette insulte : « Paris, répliqua-t-il fièrement , ne leur appartenait c< pas encore! L'armée, plutôt que de capituler hon- « teusement , s'ensevelirait sous ses ruines ! Quant à «. lui, quoi qu'il arrive, il saura bien assurer sa rew traite en dépit des Russes ! »

Ainsi, de toutes parts, tout était arrivé à son dernier terme ! Et pourtant Marmont hésitait encore à capituler. Il envoya en référer au Duc de Trévise. Celui-ci ignorait l'autorisation donnée par le Roi Jo-

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