CHAPITRE
Cependant tout obéissait encore. Nos gardes na-^ tionAux consternés, nos soldats désespérés^ déploraient l'absence, invoquaient le retour et ne concevaient rien à cet abandpn de leur Empereur.
C'éiail le a4 luars, et devant Soudé*Sainte-Croix , que la catastrophe avait comniencé. Ce jour-là méme^ au moment où tout Tespoir, toutes les forces des Coalisés se tournaient vers Pari», Napoléon s'était hâté de s en éloign.er encore. Il n'avait songé qu'à res^isir, à force d'audace , derrière les deux grandes armées Alliées, l'ascendant qu'il venait de perdre entre leurs flancs ; à s'emparer, à la fois, de leur retraite et de la rive gauche de la Seine qu'ils avaient laissée déserte; à rétablir, de ce côté, ses communica^ tions avec la capitale ; enfin , à attirer l'ennemi loin d'elle sur un nouveau terrain, où tout seconderait son génie et déconcerterait la méthode autrichienne!
Le 24 ii avait donc marché sur Joîn ville; le 2 5, il avait continué ; il avait poussé sa cavalerie légère vers Bar-siff-Aube, jusqu'à Chaumont; sa Garde elle-même avait occupé Brienne. Les grands parcs des ennemis,
ne LIVRE DIXIÈME.
leurs gros bagages, TErapereur d'Aulriehe lui-même, séparés brusquement de Schwarlzenberg, tout avait fui avec une précipitation dont tout ce qui tombait entre nos mains attestait le désordre extrême. Cette terreur avait paru à Napoléon d'un heureux présage. D'autre part le corps détaché de Wintzigerode , ce masque trompeur, laissé derrière eux par les Alliés, avait suivi sa marche jusqu'à Saint-Dizier et à Éclaron, sur les deux rives de la Marne. La poursuite de ce Russe, une vive attaque, repoussée à la hauteur de ce ^dernier village, avaient confirmé l'Empereur dans son illusion : a ses yeux, sa manœuvre sur la ligne d'opérations de Schwartzenberg avait réussi. Elle attirait, elle entraînait après lui, dans l'Est, les Coalisés ; leur armée entière le suivait; ce corps Russe en était, sans doute, l'avant-garde !
Pourtant déjà, dans ces heureux commencements, s'était glisse un germe d'inquiétude : des prisonniers venaient de raconter la jonction des deux armées Alliées, et leur marche forcée sur la capitale. On les avait envoyés à Napoléon. Sqn premier mouvement fut de rejeter loin de lui une aussi fâcheuse nouvelle. Mais Macdonald, étonné de n'avoir eu à repousser, le 25, qu'une attaque de cavalerie, l'en ayant fait prévenir, l'incertitude avait commencé.
Dès lors, et dans cette anxiété , Napoléon devient sur ses pas; ce doute l'obsède, il veut l'éclaircir, et lui-même, chassant la cavalerie Russe du plateau de Valcour, il s'efforce, sur ce sommet , de deviner, au travers des rangs ennemis, s'ils lui cachent leurs Souverains et leur Généralissime. Leur gauche s'appuyait