‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 62 sur 302 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

à Sainf-Diziér, leur droite s'étendait vers Vitry, la Marne Ten séparait. Dans son impatience, il jette, au travers de cet obstacle, par le gué de Ballignicourt , toute sa cavalerie, soutenue par l'infanterie de Gérard et de Macdonald. Le Duc de Reggio devait en même temps, par Joinville , ressaisir Saint-^Dizier au pas de charge. Wintzigerode essaya vainement de manœuvrer pour échapper à la violence de cette attaque. Surpris dans tous ses mouvements, les charges qu'il tente •ployent sous l'eflFort des nôtres ; ses lignes sont rompues, son corps est dispersé, ses colonnes fuyent en divers sens : elles abandonnent à Napoléon neuf canons., un équipage de pont, dix-huit cents hommes, et tous ses bagages !

Mais, au travers de ces vains trophées,* Napoléon n'aperçoit point ce qu'il cherche! Le fait enfin est avéré, les réponses des prisonniers sont positives. C'est un corps détaché de Bliicher qu'il vient de combattre ! Ce rideau déchiré, au lieu de la Coalition entière, il ne trouve au delà que vide et silence ! Cette solitude menaçante, cet isolement d'ennemis redouble son anxiété. Tout entier dès lors au danger qui menaçait Paris, ses regards inquiets, sa marche précipitée, s'attachent sur cette direction et sur les débris cpars de Wintzigerode. Mais;le 27, ce simulacre d'armée, achevant de se dissiper, le laisse aux prises avec les larges fossés de Vitry, dont les murs, épais sont défendus par une forte garnison Prussienne. Ces remparts renfermaient le seul pont sur la Marne qui pût le conduire directement au secours de Paris, et ils lui en in- ! terdisaient le passage.

Pourtant , chaque heure de retard accroissant le péril de sa capitale, il s'irrite contre ce fatal obstacle, il s'épuise d'ordres inexécutables! Tantôt il veut qu à l'instant Macdonald, dont les mains sont vides, comble ces fossés de fascines, dresse des échelles, et monte à l'assaut de ces murailles; tantôt il appelle l'artillerie de sa Garde, restée enfoncée dans les boues, trop faible d'ailleurs, et dont Finsufifisance était évidente. C'est ainsi que, tel qu'en un rêve cruel, lorsqu'en lùî tout s'élance, tout retombe enchaîné, et que se brise contre ces remparts son impuissance! '

Toutefois ces ordres trahissent seuls sa perplexité. Quant au danger de Paris, il se montre encore incrédule, soit prudence au milieu de l'inquiétude qui l'entoure , soit besoin d'espoir, ou habitude de mépris de ses adversaires. Mais, en ce moment même, un bulletin du généralissime ennemi, trouvé sur un prisonnier, tombait aux mains de Macdonald. La victoire de Fère-Champenoise y était proclamée : la prise de nos parcs ; la destruction de Pacthod ; la défaite, la fuite sanglante de nos maréchaux ; et, sur leurs pas, toutes les forces Alliées en pleine marche sur la capitale!

Macdonald aussitôt court au bivouac de Berthier ; il le presse de transmettre à l'Empereur cette désastreuse nouvelle. Mais Berthier s'y refuse; il lui répugne d'affliger son maître, de troubler sa tranquillité qui, pourtant, ne pouvait être qu'apparente ; il craint ses repoiissements ; il n'ose affronter l'irritation que va causer, infailliblement, un désappointement aussi cruel.

11 n'y avait pourtant pas un instant à perdre. Mac-

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