‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 63 sur 302 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

donald se décida à braver lui*méme l'orage. L'Empereur l'écouta sans émotion^ il sourit même, et répondit saos hésiter : « Que cela était impossible ! » Macdonald insista ; ce rapport était détaillé \ le calibré dfes pièces , leur nombre , les^ noms des généraux prisonniers, tout s'y trouvait l Et cependant Napoléon, le parcourant d'un regard de mépris, en niait l'évidence, quand, triomphant soudainement : « Je vous disais « bien*, s'écria- t-il, que dans cette relation tout était a faux et absurde ! Voyez, leur prétendue victoire est <( du 25, et ils l'ont datée du 29 mars, quand nous ne « sommes aujourd'hui que le 27 ! » Cette observation fer^aa la bouche au maréchal, il se retira confus, en s'accusant lui-même, m'a-t-il dit, d'une crédulité trop facile.

Ce fut Drouot , demeuré convaincu de la vérité de ce rapport, qui rendît à Macdonald sa première assurance. Il lui fit observer que la fausseté de cette date ne pouvait être qu'apparente : que c'était sans doute une faute d'impression, ua 6 retourné; qu'il ne fallait pas s'y méprendre ! Comment d'ailleurs supposer, dans un document inventé , ^ne erreur aussi invraisemblable? Alors Macdonald, plus que jamais effrayé, revint à l'Empereur. Cette fois Napoléon demeura silencieux. Il reprit ce fatal bulletin, l'examina attentivement, puis, toujours sans s'émouvoir : « C'est juste, « répondit-il, cela change tout; il y a là un parti à « prendre! »

Macdonald proposa sur-le-champ l'abandon de Pari^;d'en faire un piège à la Coalition, en hâtant la réunion de l'armée à l'insurrection, aux garnisons, et aux forteresses Lorraines. « Affermissons-nous, s'écria-

« t-il, entre l'Invasion et sa retraite; et détruisons d'ace bord, paf une guerre active, tout ce qu'elle a « lai^é derrière elle! » L'Empereur, déjà absorbé dans une profonde méditation, le laissa dire; puis il répondit : « Qu'il allait y réfléchir et se décider, mais <c qu'il avait besoin qu'on le laissât seul ! »

Bientôt, et de toutes parts, tout confirma la triste nouvelle. Il n'y avait plus à en douter, la Coalition avait enfin pris un parti extrême ! Napoléon était prévenu, devancé, gagné de vitesse! Vaincu pour la première fois en détermination, l'ofTensive, seule armé qui convenait à son génie, lui était arrachée; la défensive elle-même aussi! On avait séparé de lui la guerre! On la lui avait dérobée; on l'avait mise hors de sa portée, dans l'instant le plus décisif!

Alors tout ce que, jusque-là, il a repoussé, les avertissements de Metternich, les francs avis de Caulaincourt, ceux de ses autres ministres, tout lui revient, tout l'obsède ! Il sent que, cette fois, l'attaque est au cœur ! II sait que, en France, Paris, centre de tout, bien autrement qu'à Vienne, Madrid, Moskou et Berlin, a le privilège des révolutions ! Né de l'une d'elles , et non sur le trône, comme les Souverains qu'il chassa de ces capitales; il craint que ce trône conquis ne lui soit arraché par la conquête; que le droit, né de la victoire, ne soit annulé par elle; que désormais. Empereur errant sans capitale, il ne s'entende plus qualifier que de chef de partisans, d'aventurier même ; et qu'enfin le cri d'indignation de sa grande ville, subjuguée, humiliée, livrée à ses ennemis extérieurs et intérieurs, retentissant jusque dans son armée épui-

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sée, ne délruise bientôt l'ascendant, déjà ébranlé, de son génie sur cette armée même !

C'était là peut-être un motif de plus pour l'en éloigner encore, pour persévérer dans son premier projet, comme le conseillait Macdonald. Le Duc de Reggio^ témoin du patriotique enthousiasme de la lorraine, appuyait l'avis du Duc de Tarente. Mais Napoléon redoutait une déchéance : il craignait de descendre du rang d'Empereur d'un grand Empire à celui de chef d'une Vendée Impériale ! Près de lui, Ney et Berthier voyaient aussi tout dans Paris. Leur chef était ébranlé, ils l'emportèrent !

Au milieu de cette anxiété, il était revenu à Saint- Dizier. Là, dévoré d'inquiétudes, il resta pendant toute la nuit du 27 au 28 les yeux fixés sur ses cartes. Il mesurait les distances; il essayait toutes les voies. Sa perplexité choisit d'abord la plus courte, celle de Sézanne à Coulommiers , route de terre , à laquelle Berthier le fit renoncer comme impraticable. Elle conduirait d'ailleurs encore à la Marne, dont, infailliblement, l'ennemi garderait tous les passages. Il se décida enfin pour celle de Troyes, quelque ruinée qu'elle dût être, et quelque grand qu'en fût le détour. La Seine, du moins, le couvrira; il n'y aura là qu'à marcher, et il espère arriver, encore à temps, au secours de sa capitale ! *

m .LIVRE DIXIËMB.

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