CHAPITRE II. ïlh
Tennemi est aux portesr! Alors, et de plus en plus, dans sa perplexité, tout en lui devance la course rapide des chevaux qui l'emportent à toute bride : les roues brûlent le pavé, et, de ses cris encore, il presse leur course !
Il atteint enfin, vers dix heures du soir, les fontaines de JuvTsy et Fromenteau. Là, à cinq lieues de Paris, il relayait ; il n'avait point encore perdu tout espoir d'y entrer avant l'ennemi, quand, au travers des ombres et de l'empressement qui l'entourent, il aperçoit des généraux, Belliard entr 'autres, le chef de la cavalerie des Ducs de Trévise et de Raguse, A cette vue il s'élance hors de sa voiture ; il saisit la main de ce général, l'entraîne sur la route, et s'écrie : « Quoi! vous, Bel- « liard ! Qu'est-ce que cela ? Comment, vous ici, avec « votre cavalerie? Où donc est l'ennemi? — Aux « portes de Paris, Sire. — Et l'armée? — Elle me « suit. — Et qui garde la capitale? — La garde pa- « risienne. Sire. — Que sont devenus ma femme, « mon fils? Où sont Mortier et Marmont? » Belliard répondit que l'Impératrice et le Roi de Rome étaient partis le 28 ; quant aux maréchaux, qu'ils étaient encore à Paris, où ils terminaient la capitulation ; puis, en quelques mots, il lui apprit les événements qu'on vient de lire.
Cependant l'Empereur, dans son agitation, entraînait vers Paris, à grands pas, ce général. Berthier et Caulaincourt l'avaient rejoint, a Eh bien ! vous l'enten- <( dez, s'écria-t-il, allons! Je veux aller à Paris! » Et il demandait sa voiture. Belliard lui représenta qu'il ne pouvait aller plus loin, qu'il n*avait plus un soldat dans Paris. « C'est égal, reprit Napoléon, j'y trouverai
« la garde nationale ! Demain/ après-demain Tannée a me rejoindra Je rétabUrai les affaires! i) Et, de plus en plus agité, il reprit sa marche convulsive !
fielliard s'efforçait vainement de 1 arrêter, lui répétAnt que , d'après le traité , la garde nationale seule gardait les barrières ; qu'il se pouvait que, en dépit des conventions, les Alliés s'en fussent d^à rendus mailres, et qu'il rencontrât des postes Russes et Prussiens aux portes et sur les boulevards. <c M'impoif e , continua ce Napoléon, je veux y aller ! Ma voiture l Qu'on, fasse « avancer ma voiture ! Suivez-moi avec votre pavale- « rie! »Etil marchait encore, lorsque Belliard, dune voix plus ferme, lui représenta qu'il allait s'exposer à se faire 'prendre, à faire saccager Paris ; que plus de cent vingt mille ennemis occupaient les hauteurs environnantes ; qu'enfin lui*méme, en étant sorti par une convention, n'y pouvait rentrer 3ans l'enfreindre! « Quelle est donc cette convention? s'écria l'Empeif reur. Qui l'a conclue? Que fait Joseph? Où est le tt ministre de la guerre? »
Belliard répondit : qu'il n'avait d'autre instruction que de se rendre à Fontainebleau ; qu'il ignorait le reste ; que, pendant toute la bataille, chaque maréchal avait agi pour son compte, et qu'on n'avait reçu d'ailleurs aucun ordre. « Allons ! reprit l'Empereur avec « emportement ; partons ! Il faut aller à Paris ! Partout (( où je ne suis pas, on ne fait que des sottises ! » Et il ne cessait de demander sa voiture^ que Caulaincourt annonçait, sans la faire approcher* Il repoussait les supplications du Prince de Neuchàtel, recommençant les mêmes inteipellations à Belliard, et l'entraînant tou-