‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 66 sur 302 · CHAPITRE IL 12T · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL 12T

jours vers Paris^ à pas de plus en plus précipités. Il s'écriait : «.Qu'il eût fallu tenir plus longtemps, atten- « dre son armée ! Qu'on aurait dû remuer, soulever « Paris^ qui/certeSy n'aimait point les Russes! Mettre « en action la garde nationale; hii confier la garde « des fortifications, que le ministre aurait du faire éle- « ver et hérisser d'artillerie! Que cette garde nationole « était bonne et brave; qu'elle les aurait sûrement << bien gardées , tandis que les troupes de ligne au- « raient combattu en avant, sur les hauteurs et dans « la plaine ! »

A ces reproches , Belliard opposait qu'on avait fait plus qu'il n'était possible : que , depuis six heures du matin jusqu'à quatre heures du soir, vingt mille hommes, tout au plus , avaient résisté à plus dé cent cinquante mille; que, au bruit de son arrivée redoublant d'ardeur, on avait forcé Tennemi à tourner Paris, par Saint-Ouen et le Bois de Boulogne ; que la garde nationale s'était montrée bravement, soit aux portes, soit eo tirailleurs, mais que, avec dix-*huit cents chevaux dans la^ plaine, quelques méchantes palissades aux barrières, et sept canons seulement sur Montmartre, il avait bien fallu céder enfin à une aussi longue et aussi formidable attaque !

Ici Napcdéon se récria d'étonnement. « Quoi! Montre martre n'a point été fortifié? Il n'était point garni (< de gros canons? Il n'a point fait de résistance? Qu'atf t*on donc fait de mon artillerie? Je devais avoir « des munitions pour un mois dans Paris, et plus de « deux cents pièces à mettre en batterie pour le dé- « fendre ! «Alors, le général ayant ajouté , m'a-t-il dit

lui-niéine, qu'on n'avait \u que de Tarlillerie de campagne, et si mal approvisionnée, qu'à deux heures il avait fallu économiser les feux pour les faire durer, l'Empereur, indigné, leva les yeux au Ciel, et, frappant du pied à terre, il prononça violemment sur son Frère et sur un aulre personnage de si cruelles paroles, qu'il faut les taire. On doit (railleurs en convenir : c'était sa propre persistance, en dépit de sollicitations redoublées, à ne vouloir ordonner pour Paris aucun préparatifde défense, qui avait augmenté le péril en voulant trop le dissimuler. Ce fait, sans ôter à l'amertuine de ses plaintes ce qii'elles n'avaient que de trop juste, ou les retourne contre lui-même, ou en diminue beaucoup l'autorité.

Au milieu de ce débordement de désespoir il marchait toujours vers Paris, lorsqu'il aperçut une télé de colonne. C'était l'infanterie du Duc de Trévise, Il le demanda aussitôt. Mais Mortier était encore dans la capitale. Alors, s'afTaiblissant, on l'entendit répéter a plusieurs reprises : ^ Six heures trop tard! et tout « perdu! )i

En ce moment il venait de s'asseoir sur le bord de la grande route, lorsque, se relevant, il demanda l'abri le plus voisin. On le ramena à la ma.ison de poste de Fromenteau. I^, dit un autre témoin, qui. ne veut point être nommé mais qu'il faut croire, seul avec lui il fit déployer ses cartes, les étudia, et, son agitation le ressaisissant, on entendit ces exclamations : « L*Em- « pereur Alexandre va s'enorgueillir dans Paris! Il va « passer en revue son armée disséminée sur les deux « rives de la Seine!.. » F^: comme il se dépitait de

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n'avoir point la sienne sous sir main, on lui dit que; dans quatre jours elle arriverait. « Qnalre jours! re- « prit-il vivement; ah ! deux jours seulement, et dans « Paris que de défections ! L'Impératrice elle-même ! « Oui j'ai voulu son* départ, car Dieu sait à quoi Ton « aurait pu entraîner son inexpérience ! *» Puis , retournant à- ses cartes , après quelques instants d'une profonde méditation , il se redressa soudainement : « Oui, je les tiens! s'écria-t-il, Dieu me les livre! Mais a it me faut quatre jours! Ces quatre jours, vous a pouvez me les gagner en pourparlers ! » Et il en indiquait la manière, quand, sur une observation de son ministre : « Non non, répond-il, plus d'humilia- (( lions ! Point de paix honteuse! C'est de la grandeur V de la France, c'est de son honneur qu'il s'agit ici! « L'épée seule, dans une dernière lutte, en doit dé- « cider! Je ne veux quequatue jours! Vous, vous « seul, pouvez me les gagner sur l'Empereur Alexandre « et contre les intrigues qui vont l'obséder! Parlez « donc vite! Quant à moi, je vais à Fontainebleau « vous attendre, attendre l'armée, et tout préparer « pour venger la France de l'humiliation momen- « lanée qu'elle subit! »

Il était encore plein d'animation quand il envoya un courrier à l'Impératrice. Mais alors, son parti étant pris, épuisé de fatigue et d'émotions, tous les ressorts en lui, depuis trop longtemps et trop violemment tendus, se détendirent : il tomba dans un large fauteuil, qu'on voit encore à cette poste, et, s'affaissant, il s'y endormit d'un si lourd sommeil , que le lendemain, 3i mars, vers quatre heures du malin, il fallut

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des efforts réitérés pour Ten arracher, pour le rappeler 'à luirméme, à sa position, et obtenir de lui de nouveaux ordres.

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