CHAPITRE III
ceux qui bordent la galerie de François I" qu'un logiemént militaire. Quelques moments de repos lui rendirent ses forces physiques, abattues par tant d anxiétés et de fatigues.
Dans cette première journée on remarqua : au dehors, l'arrivée successive des troupes de Souham et de la Garde; au dedans, l'agitation qui ressaisit l'Empereur, son dernier entretien avec le Duc de Raguse, un dernier travail de réorganisation de ses corps d'armée; après quoi, se renfermant, on croit qu'il* retomba dans une méditation laborieuse sur le parti qui lui restait à prendre, pour ressaisir iaux Alliés sa capitale.
Le lendemain, i**" avril, dans un Conseil, il se refusa à porter la guerre sur la Loire , et, contre l'avis de tous, un seul excepté, il se décida à combattre devant Paris, dont il craignait la défection, et qu'il voulait contenir de sa présence.
Vers onze heures du matin, revenu devant Essonne,, il en jalonna les positions avec les chasseurs de son escorte. Sa reconnaissance achevée, il dit au Duc de . Raguse : « Marmont, à demain, et sur Paris, avec « quatre cents canons et cent mille hommes! » Puis, ayant ordonné au général Vincent de propager ces paroles menaçantes, il rentra dans Fontainebleau, d'où il envoya aux Ducs de Tré\'ise et de Raguse soixante canons, complètement approvisionnés. En ce moment, et d'heure en heure, arrivaient de faibles têtes de colonnes, harassées, revenant, en toute hâte, de la Champagne. Mais, d'heure en heure aussi,, chaque nouvelle de Paris aggravait sa position, ébran-
lait ses entours, et ne faisait que trop pressentir un dénoùment prompt' et funeste!
Le 2 a\ril, à Theure de la garde montante , il descendit dans la grande cour du châleau, et parcourut les rangs des chasseurs et des grenadiers de la Vieille Garde. Quelle que fût son anxiété intérieure, d'abord sa figure fut calme, et son attitude, impassible. Tous disent que, dans ce dernier moment, à sa contenance ferme et décidée, ils crurent voir encore en lui leur
' grand JEmpereur, tels qu'ils se le rappelaient à Scliœnbriinn, à Postdam, au Prado, au milieu du Kremlin et dans les Tuileries, faisant défiler la parade! T^e leur côté, ces vieux et inébranlables débris de tant de batailles lointaines le saluèrent d'acclamations plus vi'es encore qu'aux champs victorieux d'Austerlitz et de Friedland! Mais vers la fin de cette revue, vuie rumeur annonçait le Duc de Vicence. L'Empereur s'émut : c'était sa destinée qu'il allait apprendre! Il se contint pourtant; il affecta même de continuer à ne s'occuper que de Moncey, qui lui présentait un nou-
■ veau bataillon ramassé parmi ses gendarmes.
Caulaincourt' s'approchait lentement. Son extérieur était composé. Sa démarche, déjà ordinairement roide et grave, était sévère, triste, et même sinistre. En arrivant enfin près de Napoléon, alors placé au pied du grand escalier, il se découvrit, lui dit quelques mots à l'oreille, et l'Empereur, qu'on vit tressaillir, s'étanl brusquement retourné, la foule des officiers qui l'entouraient s'ouvrit; il la traversa, suivi de son grand écnyer, qui, d'un signe de tête désespéré, ne répondit que trop clairement aux regards avides qui Tinter-