‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 73 sur 302 · CHAPITRE IV. U · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. U

Quant à sa vie publique > actions bonnes, actions mauvaises, tout dans cet homme a porté un certain cachet d'élévation. Orgueil de naissance, qualités , passions , vices même , tout ce qui dans les autres les domine , n'a semblé être en lui que des moyens aux ordres de. sa supériorité. C'est ainsi que, méprisant le mépris, et mettant hors de portée du vulgaire, avec un cynisme imposant, ses intrigues pécuniaires et politiques, il a su leur donner un air de grandeur; et, autant qu'il est possible, il a tout justiQé par la réussite.

Jusqu'à quatre-vingt-quatre ans, ce caractère suivi s'est montré aussi tranquille et impassible dans l'adversité que dans le bonheur, aussi calme et calculé dans la souffrance, et jusque dans les dernières angoisses de la mort , que dans la plénitude de sa vie la plus heureuse. Jamais rôle né fut soutenu avec une persévérance plus ferme* De même qu'à vivre habile à mourir, jusqu'à son dernier souffle il a su intéresser à sa renommée tous les Pouvoirs, celui du Clergé même qu'il avait le plus offensé.

Voilà comment , grâce aux nécessités de ces temps, où il sut se rendre si nécessaire, et à la démoralisalion générale, suite de tant de bouleversements, il est parvenu à se placer et à se maintenir si haut dans le siècle, à y être un personnage à part, dont chaque mot parut un trait de génie; chaque jugement, un oracle; à qui la règle morale de chacun semblait être inapplicable; et dont la foule des ambitieux garde encore le souvenir, comme du favori le plus constant de cette inconstante divinité qui a tant d'adora-

teurs, que jusque-là nul, autant que lui, n'avait su fixer, et qu'on appelle la Fortune.

11 y avait plus de cinq ans que la prévoyante habileté de sa politique personnelle l'avait rendu suspect à l'Empereur. Pourtant, comme son intérêt le rattachait encore à l'Empire, plusieurs fois, depuis nos malheurs, il s'était offert à Napoléon; mais, toujours et aussi amèrement repoussé qu'en 1809, il s'était fait, de plus en plus, le chef de la coalition ennemie du dedans, l'avait affiliée à l'Invasion Étrangère , et venait de hâter leur jonction victorieuse jusque dans Paris, où cet ex-ministre d'une République régicide et de l'Empire, ce dernier grand Seigneur, resté seul debout en dépit de tant de révolutions , allait , en y décidant une restauration Royale, s'y rendre encore le personnage le plus nécessaire et le plus important de cette révolution nouvelle !

Talleyrand , en ce jour fatal , renfermé dans son hôtel , venait de la préparer avec Nesselrode. A peine Alexandre est-il entré dans ce Quartier Général, qu'il convoque en Conseil de Rois, de ministres, de généraux étrangers, et de transfuges français, toutes ces haines. Ce furent autour de lui : le Roi de Prusse, les Princes de Schwartzenberg et de Lichtenstein , les ministres Pozzo et Nesselrode, enfin D'Albert et Talleyrand lui-même.

Là, comme à Bondy, cet Empereur commence par des protestations généreuses, voiles de vengeance du passé, de précautions pour l'avenir, conformes d'ailleurs à l'éducation libérale qu'il a reçue, et à son exaltation présente. Il déclare: v Qu'il n'est pas venu

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